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BJ, la détermination à toute épreuve

France-Antilles Martinique 09.05.2018
Melinda BOULAI

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BJ, la détermination à toute épreuve

Christophe Panor a monté en 2011 « Kay Bj » , une petite épicerie de quartier au coeur de l'Ermitage à Fort-de-France. Un jeune motivé et déterminé que nous avions déjà rencontré en 2011 et 2013. Mais la vie est pleine d'aléas, et Christophe va être contraint de fermer son commerce durant... 5 ans. Une longue période de remise en question qui va l'aider à grandir et gagner en maturité. Il a pu rouvrir Kay Bj il y a peu de temps, avec la même I ferveur qu'à ses débuts.

La vie est loin d'être un long fleuve tranquille. Ça, Christophe, surnommé BJ, le sait mieux que personne. Mais ce qu'il sait par-dessus-tout, et qui le motive, c'est que rien n'est impossible à celui qui le veut vraiment. « A partir du moment, où tu as la volonté, rien ne peut t'arrêter » lance-t-il. C'est son crédo et il le met en oeuvre. Dans sa petite épicerie, installée dans le garage de la maison, avenue Juvénal-Linval rien n'a changé, ou presque. Les étals ne sont pas encore bien garnis. Mais BJ est toujours là. Avec le même sourire, et la même attention pour ses clients, qu'ils soient du quartier ou pas. Et en 7 ans, son envie de travailler et de réussir sa vie ne s'est pas atténuée. Bien au contraire, elle est encore plus forte. Renforcée par les expériences traversées qui l'ont rendu plus fort. « Après deux belles années d'activité, j'ai dû fermer, début 2013... » commence-t-il. « Pour des raisons indépendantes de ma volonté » assure-t-il. Un imbroglio avec le propriétaire des lieux qui va finalement se régler au bout de 5 ans. « Je suis heureux qu'il m'ait permis de rouvrir et je le remercie beaucoup pour cela » confie BJ. Durant cette longue période de fermeture, les choses n'ont pas été simples. Le jeune homme de 31 ans, s'est beaucoup remis en question, a eu des périodes d'aigreur, de révolte ... et va surtout se mettre à chercher du travail, sans jamais baisser les bras.
« L'OBLIGATION DE TROUVER UN TRAVAIL »
« En job, ou petits contrats. C'est une obligation pour moi de travailler. Depuis petit, je vois mes parents se décarcasser au travail, 24h/24, je ne peux pas rester sans rien faire » . Sa détermination et sa motivation forcent au respect. Il n'est pas de ceux qui « veulent profiter du système » . Il fait partie de ceux « qui veulent faire par eux-mêmes » et cela, même s'il ne « rentre pas dans les critères définis par les banques ou la société » . L'entreprenariat, il sait qu'il en a la fibre depuis l'ouverture de l'épicerie. « Lorsque je me suis lancé, j'ai fait des recherches sur Internet pour savoir comment monter une entreprise avec 0 euro. Pour moi, j'avais l'obligation de trouver un travail! Sans diplôme -il a arrêté l'école en classe de quatrième- difficile d'en trouver, alors pourquoi ne pas être son propre patron » . BJ part alors avec cette idée en tête. Soutenue, par sa mère, Nadiège Lambert, qui l'épaule dans ses choix, il hésite entre deux secteurs d'activité qui le passionnent : la vente et l'informatique. Ce sera la vente. « J'ai fait mon étude de marché dans le quartier auprès de la population, et le petit commerce de proximité manquait à l'Ermitage » . Sur sa route, il va aussi rencontrer des personnes qui vont croire en lui et en son projet. « Monsieur Daniel Kichenassamy, de la cellule insertion de la mairie de Fort-de-France, Marcel Rapon de Karisko car j'avais intégré un chantier d'insertion de l'association... Ils m'ont beaucoup poussé » reconnaît le jeune homme. BJ va démarrer son activité grâce au PIJ, un dispositif d'aide à la création pour les jeunes (Projet initiative-jeune). « J'ai reçu 7320 euros. Cela m'a permis de m'installer, d'acheter du matériel » . Si son commerce est resté fermé 5 ans, les projets n'ont pas arrêté de se bousculer dans sa tête : développer l'épicerie, investir dans d'autres secteurs, et dans l'immobilier locatif...
Mais qui veut miser sur un jeune de quartier populaire, sans diplôme, sans grande expérience, qui n'a pas un euro en poche ? Pas grand monde. « Pas les banques en tout cas! C'est vrai que je ne mets pas de beaux vêtements, de belles chaussures, mais je suis audible et compréhensible et je viens vendre un projet. Jugez d'abord ce que j'ai dans la tête. J'ai de l'audace et je suis déterminé! »
BJ est en pleine restructuration de son épicerie. Il est en train de revoir sa stratégie pour proposer davantage de choix à ses clients. « Je suis en train de créer un coin pâtisserie. Je revois mes commandes de produits sans trop me disperser pour ne pas avoir trop de stock...J'ai aussi envie de créer de l'emploi pour les jeunes du quartier... » Mais ce n'est pas encore possible, et BJ en est bien conscient. Il est seul à la barre, aidé par sa mère qui gère les commandes. Il sait qu'il devra encore travailler dur pour convaincre les banques. Mais ça, ça ne lui fait pas peur. « Si je n'étais pas déterminé, je n'aurais rien eu. Je ne suis pas là à attendre des aides de l'Etat. Trop d'aides, ce n'est pas bon. Il faut se prendre en main. Si tu ne te lèves pas le matin, tu ne vas pas faire fructifier ton travail! » Du lundi au samedi, BJ ouvre sa boutique de 7h30 à 20 heures, le sourire toujours aux lèvres. « Ici, c'est mon havre de paix, de liberté. J'aime ce contact avec les clients. Des clients qui sont avant tout mes voisins ou amis » . Et tous les jours, jeunes et moins jeunes viennent acheter une boisson, une douceur, ou simplement discuter avec l'épicier. « Quand vous avez un travail, c'est une chance, c'est une confiance que l'on a mise en toi. J'en suis conscient et c'est pour cela que je ne baisse pas les bras, je vais réussir » ..
- Epicerie Kay BJ - 27 avenue Juvénal Linval quartier Ermitage à Fort-de-France. Ouvert de 7h30 à 20 heures du lundi au vendredi et de 7h30 à 13 heures le samedi.
Un talent reconnu
En 2010, Christophe Panor est lauréat du Défi Jeune Martinique catégorie création d'activité économique. Puis en juillet 2012, il remporte le Prix Spécial CDJ/Groupama-Gan des Lumina 2012, avec à la clé 1500 euros pour développer son activité. En 2013, il a reçu le prix Nacre (nouvel accompagnement pour la création et la reprise d'entreprises) de la cohésion sociale en reconnaissance de son engagement pour son quartier.
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