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Mathieu, Au coeur de la finance et du rêve américain

France-Antilles Martinique 19.04.2017
Rodolphe Lamy

1RÉAGIR

Mathieu, Au coeur de la finance et du rêve américain
Mathieu Louis-Ferdinand s'est marié au Mexique en novembre dernier avec une jeune Américaine d'origine polonaise.

Depuis 12 ans, Mathieu Louis-Ferdinand vit à New York. En janvier, le Martiniquais de 34 ans, ingénieur spécialisé en sécurité informatique, a été nommé vice-président au sein de la prestigieuse banque américaine Morgan Stanley.

« Il a toujours travaillé de façon assidue » , assure Michel Louis-Ferdinand, avocat au Barreau de Fort-de-France. De son fils Mathieu, qui a hérité, plus jeune, de la même timidité que lui, ce papa très fier ne tarit pas d'éloges. « La plus grosse angoisse qu'il nous ait donnée, à sa mère et moi, c'était la veille de son Bac. Il avait totalement démonté sa calculette. Je m'apprêtais déjà à aller à la librairie mais il nous a rassurés en disant « non, non c'est bon, je vais tout remettre » » .
À l'époque déjà, dans l'appartement parisien, le petit-fils de Léonora Capitaine, une figure regrettée de l'enseignement martiniquais, présente des appétences pour les nouvelles technologies et l'électronique. Un loisir très vite devenu une passion. « Ça a commencé lorsque j'avais 12/13 ans, mon grand-père avait acheté un premier ordinateur. Je m'y suis immédiatement intéressé. J'avais aussi la curiosité de voir ce qu'il y avait derrière les jeux vidéos » .
Mathieu, qui passe une bonne partie de sa scolarité à Vanvres, obtient son baccalauréat à Paris, où ses parents avaient déménagé. S'il grandit dans l'Hexagone, il se rend en Martinique quasiment à chaque vacance scolaire, lorsque son père, qui avait un cabinet à Paris et à Fort-de-France, s'installe définitivement dans son île natale.
« J'avais 5 ans quand je m'y suis rendu pour la première fois. J'y ai tellement de souvenirs d'enfance, pour moi, c'est très particulier et très important dans ma vie. Dès que j'arrive ici, je passe en « mode martiniquais » » , sourit-il.
Loin des parties de tennis ou de football au Country Club de Schoelcher, le jeune garçon sait assez vite où il veut aller professionnellement. En classe de 1ère, il repère l'EPITA, une école d'ingénieurs en informatique assez réputée à l'époque. Admis en 2000 sur dossier et concours, il en sort diplômé 5 ans plus tard. Au lieu du stage de 6 mois de fin d'études, Mathieu choisit, comme l'école le permet, de partir une année à l'étranger pour obtenir un Master. Il rejoint l'Institut Stevens à New York. À la fois « un rêve et une opportunité » pour le jeune homme qui, comme beaucoup d'enfants de sa génération, a grandi avec les images de la culture américaine.
L'« AFFAIRE KERVIEL » , UN TREMPLIN INATTENDU
Mais, à ce moment-là en tout cas, il n'a nullement l'intention de rester au pays de l'oncle Sam. Sa première année d'acclimation à un pays étranger n'est d'ailleurs pas toujours facile même si l'apprentissage est riche à tous niveaux. Au sein de l'Université qui l'accueille, il participe à un projet de recherches sponsorisé par l'US Navy. À l'issue, la Société Générale lui propose un stage d'environ un an à New York. Mathieu saisit la balle au bond. « Pour moi, c'était un excellent tremplin avant de rentrer en France » . L'expérience se passe tellement bien que l'entreprise lui offre son premier vrai emploi au bout de 12 mois.
Assistant informatique, le jeune ingénieur est intégré comme programmeur dans une équipe de back-office, chargée de récupérer les données existantes sur les marchés financiers et de construire des rapports. Il se prend au jeu de la finance, un domaine qu'il découvre totalement mais qui « lui plaît beaucoup » . En poste en pleine « affaire Kerviel » en 2008, il profite, malgré lui, des conséquences de ce scandale financier. La Société Générale perd le droit de faire des visas de travail exclusifs. Le sien est converti en un visa classique. « Cet événement a permis à toutes les personnes, dans mon cas, de changer de société en restant aux
États-Unis. J'ai eu de la chance » . C'est en 2010 qu'il rejoint la banque prestigieuse Morgan Stanley où il a déjà pas mal d'amis. Après cinq mois d'entretiens poussés, il intègre en octobre cet établissement qui souhaite renforcer sa sécurité informatique et la protection des données bancaires de ses clients. « La sécurité, ça m'intéressait depuis un moment. Avec l'« affaire Kerviel » , j'ai pu voir les failles en direct. Mais, en passant de la Société Générale à une entreprise totalement américaine, je perdais le filet de protection que je pouvais encore avoir. Cette nouveauté a été particulièrement stimulante pour moi la première année » .
« J'avais 5 ans quand je me suis rendu pour la première fois à la Martinique. J'y ai tellement de souvenirs d'enfance que pour moi c'est un endroit très particulier et très important dans ma vie » .
SON DERNIER FRÈRE... SUR SES TRACES
Le Martiniquais commence par s'immerger dans l'environnement informatique de l'entreprise, dont les procédures sont beaucoup plus automatisées qu'à la Société Générale. Une de ses premières missions consiste à intégrer des produits achetés à des prestataires de services au sein de Morgan Stanley. Au fil des années, il gravit les échelons.
Depuis trois ans, Mathieu manage une équipe d'une dizaine de personnes chargées de trouver toutes les solutions possibles dans l'intérêt de la sécurité informatique de l'entreprise. Il se considère comme « l'architecte » de cette plate-forme destinée à garantir la protection des données bancaires et le réseau de la banque.
Le jeune homme, qui a, aujourd'hui, « passé le cap de sa timidité » dixit son père avec tendresse, a une dizaine de personnes sous sa coupe. Il s'occupe même du recrutement. Signe de reconnaissance de « ses talents et de sa force de travail » assurent ses proches, en janvier, la direction de Morgan Stanley a nommé celui qui est « le plus vieux de l'équipe » - à seulement 34 ans-, au grade de vice-président.
Pas de quoi, pour autant, faire prendre la grosse tête à Mathieu, un adulte complètement épanoui dans « cette vision des sociétés à l'américaine, qui offrent beaucoup de libertés et fonctionnent à la méritocratie » . À titre personnel, s'il a mis 4 à 5 ans à se dire que New York était « sa maison » , le Martiniquais croule aussi sous le bonheur. En novembre, il s'est marié au Mexique avec une jeune américaine d'origine polonaise. L'occasion de réunir les familles de Martinique, de l'Hexagone et de Pologne.
Après 12 ans de « rêve américain » , Mathieu n'a plus aucune envie de repartir. Il conserve avec lui une partie de cette France où il a grandi, où sa mère vit toujours et où son frère et sa soeur poursuivent leurs études ainsi qu'un bout de cette Martinique de coeur où le dernier de la fratrie de quatre membres termine un Bac S et envisage d'intégrer... l'EPITA. Sur les traces de son frère aîné. Cela, pour la plus grande fierté de leurs parents.
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VOS COMMENTAIRES
  • monté-cristo - 19.04.2017

    Commentaire supprimé par la rédaction

  • laverite - 19.04.2017
    sacré MLF ! ! ! !
    ...bon sang ne trompe pas...

    félicitation au fiston...man

    WHAT ELSE ?
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