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CONTESTATION - « Tous les petits éleveurs martiniquais ont été ruinés »

France-Antilles Martinique 13.02.2017
H. Br.

3RÉAGIR

« Tous les petits éleveurs martiniquais ont été ruinés »
David Jarrin, ex-président de la Coopgelma et ex-vice-président de Madivial, dit se battre aujourd'hui pour les éleveurs qui se trouvent dans une situation désastreuse. (W. T./France Antilles)

Alfred Marie-Jeanne dénonce des dysfonctionnements dans la filière animale. Le président de la CTM entend voler au secours des éleveurs qui seraient victimes de la mainmise du secteur par un petit groupe. Il n'hésite pas à faire un parallèle avec l'affaire du Ceregmia.

« Ce n'est pas possible de continuer comme cela dans un système mafieux. » Samedi matin, au cours d'une conférence de presse, le président de l'exécutif de la CTM s'est montré très offensif. Il parle « d'un système pervers et mafieux avec la complicité de l'État et même de l'institution judiciaire » .
Alfred Marie-Jeanne entend relayer le désespoir de certains professionnels.
Déjà sensibilisé par des plaintes dans la filière porcine, bovine, la volaille, les lapins, le lait ainsi que des syndicats, il ne pouvait pas et ne devait pas rester silencieux face à une telle situation. Il considère qu'il y a une privatisation et une concentration de l'ensemble des ressources qui sont allouées au développement de la filière d'élevage entre les mains d'un petit nombre de personnes. « Nous avons pu constater qu'effectivement des éleveurs majeurs sur la place s'étaient fédérés dans une corporation avec pour objectif de consommer le maximum de ces ressources. On se retrouve devant une affaire Ceregmia bis » . Dans le viseur d'Alfred Marie-Jeanne, la coopérative Madivial, mais également l'Amiv (l'Association martiniquaise interprofessionnelle de la viande).
Le président de l'exécutif dit avoir en sa possession de nouvelles preuves concernant la destruction systématique d'une partie de la production. Une production qu'il rappelle, est subventionnée, et dans laquelle interviennent des fonds publics. Des pratiques qui seraient contraires à l'objectif recherché, c'est-à-dire le développement de la filière.
OPACITÉ DES STRUCTURES
Alfred Marie-Jeanne a fustigé le climat au sein de l'Amiv. « Cette interprofession est entièrement opaque et complètement fermée à tout autre prétendant. Nous avons pris le parti, dans une démarche constructive, de contacter l'ensemble des intervenants pour tenter de trouver une solution, pour que cette interprofession change et donc qu'elle accueille d'autres éleveurs, d'autres coopératives » , déclare-t-il.
Pour Alfred Marie-Jeanne, la récente élection au sein de l'Amiv est la parfaite expression de tout ce qu'il dénonce aujourd'hui. « Ce nouveau président a été immédiatement contesté par l'ancienne gouvernance. Pour bloquer tout le fonctionnement de l'Amiv, elle a demandé l'intervention d'un administrateur, sans que personne ne soit au courant, sans aucun motif réel et sérieux, autre que celui de refuser une nouvelle présidence qui aurait comme vision l'ouverture et l'accession de tous les producteurs martiniquais aux fonds, pour permettre de développer les filières d'élevage et de casser cette mainmise d'un petit groupe sur tous ces fonds européens depuis une dizaine d'années. »
Ces fonds représentent chaque année plus de 10 millions d'euros. Le président de la CTM déplore également les différentes actions en justice qui ternissent un peu plus l'image de la profession. Il met en exergue les litiges Prama (Malidor, filière porc), la Codem, SAS Kini, plainte pour abus de biens sociaux ou encore MNA (le Provendier) pour dettes. La dette totale s'élève à un peu plus de 3 millions d'euros. « Si MNA disparaissait, ces derniers économiseraient banalement plus de 4 millions d'euros. Madivial et Coopmar cumulent 70% de ces dettes » , indique encore Alfred Marie-Jeanne. Des éleveurs étaient présents au cours de cette conférence de presse, à l'image de David Jarrin. Cet ancien président de l'Amiv ou encore ancien vice-président de Madivial, n'a pas fait le déplacement pour rien. L'éleveur, qui a démissionné en octobre 2015, explique que la coopérative Madivial a détruit son activité, il dit avoir perdu la totalité de ses lapins à cause d'un manque d'accompagnement et d'approvisionnement.
« SI LA JUSTICE N'INTERVIENT PAS, NOUS AGIRONS... »
« Les éleveurs martiniquais n'ont jamais été aussi en difficulté depuis la création de Madivial. Plusieurs éleveurs et non des moindres se retrouvent avec des terrains, des biens personnels hypothéqués... alors que l'on se targue de dire que Madivial c'est 16 millions d'euros de chiffres d'affaires » , tonne David Jarrin. Il soutient que 80% des élus de Madivial sont dans des situations extrêmes. « On leur dit si vous dénoncez, vous ne serez plus accompagnés » . L'ancien vice-président de cette coopérative, tel un repenti, veut assumer ses responsabilités, il dit agir pour tous ces professionnels qu'il a amenés à Madivial et qui se retrouvent aujourd'hui en difficulté.
« J'ai vécu, j'ai admis, j'ai toléré beaucoup de choses. C'est pour ces gens-là que je suis sorti du système » , déclare David Jarrin.
De son côté, Alfred Marie-Jeanne prévient que la CTM n'apportera aucune aide à la filière animale tant que la situation ne sera pas éclaircie. Et indique encore : « Tant que je suis vivant, je n'accepterai pas ces dérives mafieuses... Si la justice n'intervient pas, nous agirons » . Après cette sortie médiatique d'Alfred Marie-Jeanne et de David Jarrin, on attend désormais la réaction des services de l'État et des coopératives incriminées.
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VOS COMMENTAIRES
  • laverite - 18.02.2017

    Commentaire supprimé par la rédaction

  • BIGRE - 17.02.2017
    Pourquoi vous vendez vos viandes 4 à 5 fois plus chère que le prix légal du cours en France dom Tom ?
    A force de voler, les voleurs seront pris à leurs propres magouilles ! ! !
  • mode - 13.02.2017
    Que la justice s'applique à tous.
  • paindoux - 13.02.2017
    Ah bon......
    Après avoir mangé les subventions européennes de façon frauduleuse, ce monsieur dénonce le système !!
    Comme pour le pénélopegate,j'ai du mal à lui faire confiance. A mes yeux, c'est le serpent qui veut manger maintenant ses autres compagnons.
    Très triste cette situation
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