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Frédéric Lenoir, philosophe, écrivain : « Le bonheur est un état d'esprit »

France-Antilles Martinique 16.02.2017
Propos recueillis par Jean-Marc Atsé

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Frédéric Lenoir, philosophe, écrivain : « Le bonheur est un état d'esprit »
« Selon la psychologie positive à laquelle j'adhère, il est plus important de prendre conscience de ses ressources » , explique le philosophe. (Lematin.ch, Le Point)

Qu'est-ce que le bonheur et, surtout, quel est le chemin qui y mène ? Pour le philosophe et écrivain à succès, Frédéric Lenoir, le bonheur est un état d'esprit. « Plus l'on est capable de s'émanciper de tous les préjugés, plus l'on est capable d'être heureux » , affirme-t-il. Son intervention, ce soir, à Fort-de-France, sera probablement une très jolie leçon de vie.

Le bonheur est un thème qui intéresse le public, pour quelle raison, selon vous ?
C'est effectivement un thème qui intéresse beaucoup de gens. Cependant, il n'est pas facile à traiter car « bonheur » est un mot usé, galvaudé, derrière lequel on met tout et n'importe quoi. C'est la raison pour laquelle j'ai beaucoup travaillé sur le concept du bonheur pour essayer, au-delà des images superficielles, des clichés, d'aller plus loin, parce que je pense qu'il s'agit d'un concept essentiel. J'essaie de revisiter ce mot à travers toutes les traditions philosophiques d'Orient et d'Occident, mais aussi à travers la psychanalyse, la psychologie des profondeurs et la science contemporaine.
Aujourd'hui, en 2017, le bonheur est-il lié à notre mode de vie, ou est-ce véritablement un état d'esprit ?
Je crois que pour toujours et pour tout le monde, il s'agit d'un état d'esprit. Celui-là même qui fait qu'un individu peut savourer ou apprécier la vie quelle qu'elle soit et qu'un autre individu ne la savourera pas ou ne l'appréciera pas, quelles que soient les conditions dans lesquelles il se trouve. Vous pouvez ainsi prendre deux individus étant exactement dans le même conditionnement, dans la même ville, dans le même milieu social, l'un pourra être malheureux, et l'autre heureux. Ce qui fait la différence essentielle, c'est le regard que l'on porte sur le monde.
Votre héritage familial, l'éducation que vous avez reçue de vos parents influencent-ils votre état d'esprit ?
Bien évidemment que notre regard sur le monde est conditionné par beaucoup de choses, d'abord par nos gènes, ensuite par tout l'héritage familial, culturel, mais en même temps, je crois que l'on a la possibilité de s'en émanciper et de faire un travail d'individuation pour essayer de savoir vraiment qui l'on est. Plus l'on est capable de s'émanciper de tous les préjugés, plus l'on est capable d'être heureux, parce qu'en faisant cela, l'on s'approprie le monde avec notre sensibilité personnelle et plus simplement à travers le prisme de tout ce que l'on a reçu, de tout ce qui a pu nous formater et nous détourner de notre sensibilité profonde.
Des peuples sont-ils plus heureux que d'autres ou sommes-nous tous égaux en matière de bonheur ?
« Les peuples heureux n'ont pas d'histoire. Ils n'ont donc pas de héros » , a dit Roger-Gérard Schwartzenberg. Il y a dans cette citation quelque chose de vrai. Plus le passé est lourd, plus l'inconscient collectif est important, plus cela nous encombre. Et on le voit très bien en France, qui est une vieille nation, saturée d'histoire. Cette histoire nous pèse, on est en permanence en train de se comparer à notre passé. Les Canadiens n'ont pas d'histoire, ils sont beaucoup plus dans le présent et dans le futur que dans le passé. Et je pense que cela facilite l'accès au bonheur. Évidemment, des gens peuvent être heureux dans toutes les cultures. Cependant, un passé extrêmement lourd conditionne notre mental, notre regard sur le monde, ainsi une culture trop chargée est plutôt parasitante, s'agissant de l'accès à la vie.
La Martinique a justement un passé très lourd, lié à l'esclavage...
C'est un pays neuf qui a une histoire lourde. Et une histoire lourde, c'est l'équivalent d'une histoire longue. Il est important que les Martiniquais connaissent leur histoire mais on ne peut pas en parler sans arrêt. Sinon le passé parasite le futur. En psychologie, vous avez deux grands courants. L'un est tourné vers les traumatismes du passé, c'est la psychanalyse. Elle considère effectivement qu'il faut savoir revisiter tous les traumas que l'on a eus, qu'il faut les dénouer pour avancer. L'autre courant, plus récent, c'est la psychologie positive. Elle considère qu'il est bon de connaître les traumas que l'on a eus, mais qu'il ne faut pas y passer trop de temps, parce que cela ne nous guérira pas forcément. Selon la psychologie positive à laquelle j'adhère, il est plus important de prendre conscience de ses ressources, de ses possibilités, de ses désirs pour se reconstruire. Et cela est aussi valable pour un peuple.
En Martinique, la foi a beaucoup d'importance, est-ce un biais pour atteindre le bonheur ?
La foi aide beaucoup. Mais il faut distinguer, dans la religion, la foi, c'est-à-dire la spiritualité personnelle, des codes collectifs. Et il y a des gens qui sont un peu écrasés par les codes moraux collectifs, par une religion culpabilisante. Ma grand-mère était traumatisée par l'éducation religieuse qu'elle avait reçue. Elle avait peur de l'enfer. Ma mère un peu, et moi plus du tout.
Cela n'a donc rien à voir avec la spiritualité personnelle vécue.
Une personne qui a une foi forte, vivante, qui croit en Dieu, qui croit que sa vie a un sens, qu'elle peut être aidée par la grâce, a confiance. Cela l'aide à vivre. On le sait en psychologie : si vous avez confiance dans la vie, vous avancerez beaucoup plus, vous serez beaucoup plus heureux. Et ce qui donne confiance dans la vie, notamment, c'est la foi.
« Une personne qui a une foi forte, vivante, qui croit en Dieu, qui croit que sa vie a un sens, a confiance » , estime Frédéric Lenoir. (Lematin.ch, Le Point)
Pourquoi vous intéressez-vous au thème du bonheur ?
Enfant, je me posais déjà plein de questions. Je demandais tout le temps : « Pourquoi est-ce qu'on est sur terre ? ; Est-ce qu'il y a une vie après la mort ? ; À quoi cela sert-il de vivre ? ; Qu'est-ce qu'une vie réussie ? » . Et puis à 13 ans, j'ai commencé à lire des ouvrages de philosophie : Le Banquet de Platon m'a passionné. J'ai pu enfin trouver des réponses à mes questions. Par la suite, j'ai lu des ouvrages sur le bouddhisme, sur la spiritualité. J'ai découvert les Évangiles à l'âge de 19 ans.
Toutes ces questions existentielles me passionnent. Pourquoi, je n'en sais rien.
Conférence ce soir
À l'initiative de l'association Human Being, Frédéric Lenoir est ce soir en conférence, à 19 heures, à l'Espace 90, au 90 rue de la République à Fort-de-France. Thème : la joie, le plaisir et le bonheur.
- Réservation www.datacaraibes.com - Ingrid boutique Galleria
Renseignements au 0696.45.43.98. et au 0696.45.14.74.
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