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PRÉVENTION - Les violences intrafamiliales, une priorité sécuritaire

France-Antilles Martinique 07.06.2018
Hervé Brival

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Les violences intrafamiliales, une priorité sécuritaire
Améliorer l'accueil des victimes et une meilleure prise en charge, c'est le souhait de Chef d'escadron, Jean-Michel Rodride, officier de la prévention et du partenariat au sein du commandement de Gendarmerie de la Martinique. (H.Br / France Antilles)

Les gendarmes-référents violences intra-familiales étaient récemment en formation à la caserne de Redoute, à Fort-de-France. Ils devront être les relais auprès de leurs collègues.

Les violences intra-familiales et, en particulier, les violences faites aux femmes constituent en 2018 un des objectifs opérationnels prioritaires pour le colonel François Agostini, commandant de la Gendarmerie à la Martinique. C'est dans ce contexte qu'il a donc mis en place un certain nombre d'actions. Cela passe, en premier lieu, par la formation des gendarmes-référents en charge du traitement des violences intra-familiales. En Martinique, ils sont 27 au total, répartis au sein des brigades de gendarmerie. Avec cette formation supplémentaire, leur rôle est de transmettre à leur camarade de brigade d'autres notions pour améliorer l'accueil des victimes. Ou encore d'assurer le lien avec les partenaires sociaux, les associations et les intervenantes sociales de la gendarmerie. La première partie de cette formation, qui s'est déroulée jeudi dernier à la caserne de Redoute, a été dispensé par Maryse Annette une psychologue clinicienne. Sur le thème des violences faites aux femmes. Concrètement, il s'agissait pour elle de leur permettre d'appréhender les incidences psychologiques des violences intrafamiliales, notamment dans la violence conjugale.
TENIR COMPTE DU FACTEUR SOCIOCULTUREL ET ÉDUCATIF
« Je leur ai proposé de repérer le phénomène dans le discours des victimes pour mieux cibler l'accompagnement » , explique Maryse Annette. Elle considère qu'il faut déterminer : le cycle de la violence, le caractère répétitif de la violence, la typologie (physique, verbale, psychologique, économique, sexuelle...), les notions psychologiques, notion d'emprise au sein de la relation du couple.
« Parce que la violence induit une relation d'ambivalence et de compromis. C'est-à-dire l'alternance de mouvement fusion-séparation utilisée et imposée par l'auteur de violences pour contrôler l'autre » , soutient la psychologue.
Lors de son intervention, elle a également insisté sur le ressenti des victimes. Des victimes qui, la plupart du temps, sont partagées entre : déni, culpabilité, peur, impuissance, honte et aussi parfois de l'espoir. La notion de dépendance est très forte.
« J'ai insisté sur le facteur socioculturel et éducatif. Mais aussi montrer comment l'éducation et la culture imprègnent les attitudes et le comportement au sein du couple aussi bien chez l'homme que chez la femme » . Pour Maryse Annette, une fois que la victime porte plainte, elle se reconnaît comme une personne méritant le respect de son intégrité physique et psychologique.
Dans l'après-midi, les gendarmes ont pu s'entretenir avec les intervenantes sociales de la gendarmerie qui sont également sensibilisées sur les questions de violences intra-familiales. De toute évidence, ce type de formation devrait améliorer l'accueil des victimes. Lorsqu'elles poussent la porte d'une brigade de gendarmerie, il s'agit que ces victimes soient entendues sans avoir le sentiment d'être jugées.
Les 27 gendarmes référents répartis sur l'ensemble des brigades de gendarmerie de l'île ont suivi cette formation sur les violences intra-familiales, ils devront relayer les informations auprès de leurs collègues dans les unités. (H.Br / France Antilles)
Vers une meilleure prise en charge des victimes
Cette formation des gendarmes-référents aux violences intra-familiales doit s'accompagner de nouvelles mesures. En effet, une réunion d'information de toute la chaîne hiérarchique de la gendarmerie devrait bientôt se tenir en présence d'intervenants comme le parquet, la préfecture, la CTM, l'ALEFPA (Association laïque pour l'éducation, la formation, la prévention et l'autonomie), la Croix Rouge et l'Union des Femmes de Martinique.
La Gendarmerie va, sous peu, mettre en place une fiche de réception des victimes de violences intra-familiales. Cette fiche est destinée aux associations qui accueillent les victimes qui ne souhaitent pas forcément se rendre dans une brigade. « Une fois qu'elle est renseignée par l'association, cette fiche est transmise à la gendarmerie qui sera en mesure d'accueillir, dans les meilleures conditions, les victimes qui souhaitent déposer plain te. Et ainsi assurer un meilleur suivi de ces victimes par l'intervention des Intervenantes sociales de la Gendarmerie en étroite collaboration avec l'association qui a reçu ladite victime » , explique le Chef d'escadron Jean-Michel Rodride, officier de la prévention et du partenariat. Par ailleurs, les IGS assurent désormais, une fois par trimestre, une intervention auprès des brigades des gendarmeries.
« Là encore pour les sensibiliser sur l'amélioration de l'accueil des victimes. Et les sensibiliser sur les missions inhérentes des ISG en particulier, l'accompagnement des victimes » , indique encore le commandant Jean-Michel Rodride.
Inquiétante réalité en chiffres :
Les violences intra-familiales ( VIF) constituent une problématique prégnante à la Martinique. Une réalité qui se vérifie dans les statistisques de la gendarmerie et qui montre que les victimes n'hésitent plus à déposer plainte contre les auteurs des agressions.
On constate que les femmes sont les principales victimes des violences intra-familiales. En 2016, sur les seules statistiques relevées par les gendarmes on recensait 732 victimes VIF dans le cercle familial élargi dont 548 étaient des femmes victimes soit 74,86%.
Concernant les VIF au sein du couple là encore les chiffres sont parlant puisque on dénombrait 376 victimes (51,36% du total ci-dessus) dont 340 femmes soit 88,15%.
L'an dernier, les gendarmes ont relevés pas moins de 792 VIF dans le cercle familial élargi dont 552 femmes victimes soit 69,70% ; Elles étaient 397 au sein du couple (50,13% du total ci-dessus) dont 343 femmes soit 92,04%.
(H.Br / France Antilles)
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