ACTUALITé - INTERNATIONAL

Présidentielle au Brésil: duel incertain Bolsonaro-Haddad au 2e tour

AFP 08.10.2018

2RÉAGIR

Présidentielle au Brésil: duel incertain Bolsonaro-Haddad au 2e tour

Jair Bolsonaro se prépare à voter dans un bureau de Rio de Janeiro, le 7 octobre 2018

-Mauro PIMENTEL (AFP)

Le candidat d'extrême droite Jair Bolsonaro s'est qualifié facilement dimanche pour le deuxième tour de la présidentielle au Brésil sur un gros score, mais il se retrouvera face à la gauche dans un duel à l'issue incertaine.

Avant que ne tombent les résultats le situant à 46,06% avec 99,99% des urnes dépouillées, loin devant Fernando Haddad, du Parti des travailleurs (PT) à 29,24%, Bolsonaro a évoqué des "problèmes avec les urnes électroniques".

"Je suis certain que si ça n'avait pas eu lieu, nous aurions eu dès ce soir le nom du président de la République", a lancé le candidat de 63 ans dans une vidéo sur Facebook.

"Nous ne pouvons pas rester sans rien dire. Nous allons réclamer au Tribunal supérieur électoral (TSE) des solutions", a-t-il ajouté.

Si ses partisans ont protesté devant le TSE à Brasilia aux cris de "fraude, fraude!", l'ex-capitaine de l'armée n'est pas allé jusque-là. "Nous devons rester mobilisés. Il reste trois semaines avant le second tour", a-t-il dit.

Dans le clan de Haddad, 55 ans, le soulagement dominait de voir le candidat du PT qualifié pour le 2e tour. Il est parti de loin puisqu'il n'a commencé à faire campagne que quatre semaines avant le scrutin, l'ex-président Lula, emprisonné pour corruption et inéligible, ne s'étant désisté qu'au dernier moment.

"Nous voulons unir les démocrates de ce pays", a déclaré Haddad. "Nous voulons un grand projet pour le Brésil, profondément démocratique, qui recherche inlassablement la justice sociale".

Le duel Bolsonaro-Haddad s'annonce très incertain et bien des choses peuvent se passer d'ici au 28 octobre, dans une campagne qui a déjà réservé d'énormes surprises entre la disqualification de l'ex-président Lula emprisonné pour corruption et l'attentat qui a failli coûter la vie à Jair Bolsonaro le 6 septembre.

- L'avenir de la démocratie -

Pour Fernando Meireiles, politologue à l'Université fédérale de Minas Gerais, "la possibilité que Bolsonaro gagne paraît la plus forte actuellement". "Il me semble difficile que Haddad l'emporte, mais ce n'est pas impossible, il a encore une chance raisonnable", dit-il toutefois.

Quoi qu'il en soit "d'ici là, il est possible que la polarisation s'accroisse" prévoit-il.

C'est un Brésil très divisé qui est allé dimanche aux urnes, entre les électeurs anxieux pour l'avenir de la démocratie dans ce pays qui a connu une dictature (1964-85) dont Bolsonaro est un nostalgique et ceux qui rejettent de manière viscérale tout retour aux affaires du PT.

Le grand parti de gauche qui a remporté les quatre dernières élections et a été au pouvoir 13 ans est jugé par beaucoup comme le responsable des maux multiples de ce pays déboussolé: chômage, crise économique, corruption et insécurité.

L'ancienne présidente Dilma Rousseff a fait les frais du virulent sentiment anti-PT, en échouant dimanche à être élu sénatrice dans l'Etat de Minas Gerais (sud-est) alors qu'elle était favorite. Elle a aussi été copieusement huée en allant voter.

Pour de nombreux électeurs, Bolsonaro est apparu comme l'homme providentiel, avec son discours sécuritaire qui préconise la libéralisation du port d'armes, sa défense des valeurs traditionnelles et son désir de "nettoyer le pays des élites corrompues".

A Rocinha, une immense favela de Rio, Antonio Pereira Moraes, 49 ans, a voté pour l'ancien militaire: "Le Brésil a besoin d'un changement, il y a beaucoup de choses à faire que les autres n'ont pas faites", a-t-il dit.

- Nouer des alliances -

Peu importe que ce député catholique de 63 ans, grand admirateur de Donald Trump, se soit surtout fait connaître par son racisme, sa misogynie et son homophobie décomplexés.

L'aura du "mythe", comme le surnomment ses partisans, a rejailli sur deux de ses fils: Eduardo Bolsonaro, 34 ans, a été réélu député à Sao Paulo en pulvérisant le record absolu de voix pour une législative au Brésil.

Flavio Bolsonaro, 37 ans, très présent auprès de son père, pour qui il a fait campagne après l'attentat, a été facilement élu sénateur de Rio de Janeiro.

Mais la déception régnait dimanche soir chez les partisans de Bolsonaro, qui s'était dit persuadé d'être élu au premier tour.

"On espérait gagner au premier tour", a confié Lourdes Azevedo, 77 ans, dans le bar d'un hôtel de Rio. "Maintenant ça va être plus difficile, au second tour, il y a un risque".

Les alliances que va tenter de nouer chacun des deux camps dès lundi -- à commencer vers le centre -- seront déterminantes, de même que les impairs que pourraient commettre l'un ou l'autre.

Interrogé dimanche soir sur ses intentions, Ciro Gomes, du PDT de centre gauche, arrivé 3e avec 12,5% des voix, s'est borné à dire qu'il continuerait de "lutter pour la démocratie et contre le fascisme".

Paradoxalement, selon les sondages, il était le plus à même de battre Bolsonaro au 2e tour.

2
VOS COMMENTAIRES
  • Monté-Christo - 08.10.2018

    Commentaire supprimé par la rédaction

  • zakari - 08.10.2018

    Commentaire supprimé par la rédaction

  • zakari - 07.10.2018
    L'extrême droite grande favorite
    Le Brésil ou pas, c'est une vague mondiale de nationalisme qui submerge la planète. Donald Trump avec son slogan "America first" ne dit pas autre chose que Jean-Marie Le Pen avec son :"les français d'abord". Partout en Europe, les partis d'extrême droite ont le vent dans le dos. Il faut que les peuples d'Afrique et de la caraïbe s'habituent à vivre chez eux, pour cela il faut élire des hommes et des femmes compétents, car bientôt l'exil ne sera plus une solution pour fuir la misère et la dictature.
  • mouche Corbillard - 07.10.2018
    En mode : Analyste
    Petite analyse du dimanche

    2 phrases ont attirées mon attention :

    1-« il n'a jamais été impliqué dans un scandale de corruption et veut nettoyer le pays de "ses élites corrompues »

    2- « l'homme fort qui peut endiguer la violence avec une approche musclée »

    J’ai remarqué que Ce genre de politicien séduit de plus en plus les citoyens à travers le monde. Pourquoi ?

    1ere raison :
    Le LAXISME judiciaire les juges, magistrats et avocats sont tous du cote de la délinquance. Les gens ne se sentent plus protégés les délinquants ont tous les droits et quand un honnête citoyen se défends il est condamné

    2ieme raison :
    Les mensonges des politiciens CORROMPUS jusqu’à la MOELLLE. Mon père a travaillé plus de 30 ans en usine il n’a jamais eu de démêlé avec la justice et vos parents aussi je suppose

    En revanche pas une semaine sans une histoire de corruption de politicien HORS contrairement à nos parents travailleurs les politiciens eux ont obtenu le poste avec la confiance des citoyens (bulletin de vote) ce qui n’est pas rien

    Conclusion
    Les gens ne se sentent plus protégés par la JUSITICE et se sentent TRAHI par les politiciens. Ne pouvant se révolter ils font confiance à ceux qui sont les plus EXTREMES dans leurs propositions. Et je comprends cette réaction

    Pour finir Si la Martinique était indépendante et qu’un tel homme se présentait à l’élection présidentielle, je ne doute pas qu’il serait ELU au premier TOUR à 99,99%
1

Réagissez à cet article

Pour transmettre un commentaire, merci de vous identifier (ou de vous inscrire en 2 mn) :

CONNEXION