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Charles Quist, gynécologue obstétricien : « Il faut écouter la douleur des femmes »

France-Antilles Martinique 17.02.2017
Melinda Boulai

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Charles Quist, gynécologue obstétricien : « Il faut écouter la douleur des femmes »

Ce soir à 18h30, l'association Madin'Endogirls organise sa première conférence sur l'endométriose. C'est le gynécologue obstétricien Charles Quist qui s'intéresse à la maladie depuis les années 1970, qui va l'animer. Rencontre.

Pouvez-vous rappeler ce qu'est l'endométriose ?
Avant de définir, il faut parler des symptômes. L'endométriose, c'est surtout une douleur de la femme. Une douleur de la partie intime de la femme. C'est l'élément important. Une douleur très forte, invalidante. Une douleur qui n'est pas entendue, qui n'est pas écoutée, et c'est ce qui aggrave la maladie. La maladie n'est pas écoutée car nous avons intégré dans nos têtes, dans notre culture qu'être femme, c'est douleur. Une femme doit avoir mal quand elle accouche, elle doit avoir mal pendant ses règles ainsi de suite, ses premiers rapports, et l'on n'a pas appris à écouter la douleur des femmes. Et c'est l'un des premiers messages à faire passer : écouter la douleur des femmes. Une femme qui a mal, ce n'est pas normal. Le diagnostic de l'endométriose est tardif entre 7 et 10 ans car la douleur n'a pas été entendue par la famille, la mère par exemple va tarder à consulter, par le médecin lui-même qui va tarder à s'adresser à un spécialiste... Mais ce n'est pas propre à la Martinique, c'est partout comme cela.
À quoi est due cette douleur ?
Cette douleur est due au fait que ces femmes présentent dans leur bas-ventre des petits kystes qui, pendant les règles se remplissent de sang. Ce sang est dans le ventre, un endroit où il ne doit pas se trouver va entraîner une inflammation et donc entraîner cette douleur très forte. à chaque règle, une inflammation et qui dit inflammation dit cicatrice et au bout d'un certain temps, cela va entraîner des accolements entre les différents tissus. Ce qui fait que cette douleur qui au départ était cyclique va devenir une douleur permanente au fur et à mesure de l'évolution de la maladie. Et après on arrive au deuxième symptôme de l'endométriose, la stérilité.
Nombreuses en effet sont celles qui ont des difficultés à avoir des enfants...
La maladie n'est pas reconnue assez tôt et nous, gynécologues ne faisons le diagnostic qu'assez tard quand se posent les problèmes d'infertilité.
Le travail serait donc à faire auprès du corps médical pour que la prise en charge se fasse plus tôt ?
Oui, il faut informer le grand public et les médecins généralistes, et tout le monde que la douleur de la femme doit être prise en compte. Il y a 1 femme sur 10 qui souffre d'endométriose. C'est une maladie invalidante très grave et que plus on la prend en charge tôt, mieux on peut la gérer.
Surtout que maintenant, avec les méthodes dont nous disposons, le diagnostic est beaucoup plus facile à faire avec une échographie ou une IRM, on n'a plus besoin d'ouvrir le ventre de la femme.
C'est une maladie qui touche à l'intime, et qui affecte aussi toute la vie des femmes qui en souffrent..
Elle a des répercussions sur le psychisme et sur le social de la femme. Ce n'est pas simplement une maladie au sens organique du terme, c'est une maladie qui entraîne une souffrance morale et sociale. Au fur et à mesure que la maladie évolue, ces femmes vont avoir une mauvaise image de leurs corps. Un corps qui fait mal, qui ne permet pas d'avoir des rapports sexuels normaux parce que ça fait mal, d'aller où l'on veut car il faut calculer si on aura mal ou pas.. On va le déshabiter, avoir une mauvaise estime de soi... La vie relationnelle en prend un coup, la vie professionnelle car on rate son travail...
La prise en charge de cette maladie passe aussi par ces aspects. Évaluer le retentissement moral et social de cette maladie chez la femme et surtout l'aider. C'est une maladie chronique, dont on ne guérit pas, qui dure de la puberté, jusqu'à la ménopause.
Comment ces femmes doivent-elles organiser leur vie ?
Il faut faire un suivi médical régulier dès que le diagnostic est posé. Un généraliste ou un gynécologue qui va tous les six mois évaluer la qualité de vie, faire quelques examens dont l'échographie pour voir l'évolution de la maladie.
À cela va s'ajouter le traitement médical : soulager la douleur, avec des anti-inflammatoires, acupuncture, méditation, le yoga tous les moyens médicaux ou alternatifs sont bons pour améliorer la qualité de vie.
Et le deuxième traitement, c'est supprimer les règles : par la grossesse si elle veut avoir un enfant, la pilule non-stop. Si ça ne suffit pas, il y a les progestatifs de synthèse et enfin, la ménopause artificielle. Aucune de ces actions n'est supérieure à l'autre et la femme va varier avec les traitements. L'essentiel est d'avoir le moins de règles possible dans sa vie. Le médecin doit être un coach pour accompagner ces femmes.
L'alimentation joue aussi un rôle important dans la gestion de la maladie ?
La femme qui a une endométriose doit adapter son comportement à la maladie. Elle doit faire du sport régulièrement.
Quand on fait du sport on secrète de la morphine interne, que l'on appelle de l'endorphine qui calme la douleur.
Oui, l'alimentation. Aller voir un nutritionniste pour manger moins d'aliments inflammatoires, et surtout lutter contre le stress.
- L'association Madin'Endogirls, antenne d'Endomind France, lutte pour la reconnaissance et une meilleure prise en charge de la maladie, la sensibilisation, la prévention.
Conférence gratuite à 18h30 à l'Atrium.
Renseignements : 0696.26.12.54.
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