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Harry Roselmack : « Parler à l'autre, c'est reconnaître son humanité »

FXG, à Paris franceantilles.fr 23.11.2018

Le journaliste, producteur et réalisateur sort son premier long-métrage, « Fractures », mention spéciale du jury au Chealsea film festival l'an dernier. Depuis le 9 novembre, il le propose sur internet moyennant 3,99 euros. Interview.

Comment peut-on voir votre premier film aux Antilles ?
Il est visible aux Antilles et dans l'absolu, dans le monde entier puisqu'il est sur un site Internet, fractureslefilm.com, une plateforme que nous avons nous-même créée et qui propose des contenus gratuits et le film pour moins de 4 euros.

Pourquoi un tel choix de diffusion ?
Dès le début, notre projet était de faire un film pour le digital. Après, nous avons étudié la possibilité de le sortir en salle parce qu'on nous a conseillé de le faire, avec l'argument qu'un film devait être vu au cinéma, mais je me suis rendu compte que ce qu'on me proposait en termes de distribution en salle comportait le risque que le public passe à côté du film parce qu'on avait très peu de copies, très peu de salles et pas forcément dans les endroits les plus adéquats. C'est pourquoi, je suis revenu à la stratégie initiale, une distribution sur le digital. On n'a pas trouvé d'accord avec Netflix qu'on a approché, donc on a créé notre propre plateforme.



Vous avez néanmoins déjà diffusé le film en salle en Martinique...
C'était dans le cadre d'une avant-première parce que la Martinique est très impliquée dans ce projet à plusieurs titres à commencer par le fait que c'est la Collectivité territoriale de Martinique qui a apporté le plus important financement et le seul public du film.

« Mon regard de journaliste a nourri l'auteur »

Qu'est-ce qui vous a inspiré l'écriture de ce scénario ?
J'ai puisé l'essence de mes personnages des univers que j'ai investigués dans le cadre du documentaire « En immersion » que j'ai fait pendant cinq ans sur TF1, entre 2009 et 2014 et c'est cette émission qui a nourri quelque part les univers que je confronte dans ce film. Donc oui, mon regard de journaliste a nourri l'auteur que je suis sur ce film. Après, c'est vrai que j'ai exploré beaucoup de pistes nouvelles en termes d'écriture, de réalisation que je n'avais jamais fait, de direction d'acteurs, de production, de distribution... J'ai appris énormément de choses ; j'ai même fait de la musique avec grand bonheur puisque je suis l'un des auteurs de la bande originale du film... J'ai touché à plein de trucs nouveaux qui m'ont vraiment excité.

(...)

Est-ce que votre notoriété sur TF1 vous a facilité les choses ?
Non, puisqu'on a galéré ! Ce film coûté 1,5 millions mais on n'a pas eu de financements à cette hauteur, loin de là ! Ils m'ont aidé à boucler le financement pour lequel on n'a pas pu compter sur les chaînes de télé, sur le CNC... Je ne sais pas combien il faut qu'on ait de vues pour rentabiliser le film, mais si on a un gros nombre de vues, ça peut aussi attirer des acheteurs qui vont acheter le film !

« On est dans une société qui se polarise »

Vous mettez en scène deux personnages, une call girl et un fondamentaliste dont on ne sait lequel a le plus de valeurs...
C'est l'équation principale sachant qu'elle est plus large que ça parce qu'il y a le xénophobe qui doit gérer sa frustration et sa haine, sa défiance vis-à-vis de l'autre, il y a le rappeur « égopathe » qui n'accepte pas la contradiction... C'est une équation plus complexe entre toutes ces radicalités. Ce que je veux montrer, c'est qu'on est dans une société qui se polarise avec des radicalités de plus en plus grandes, qui cohabitent de plus en plus mal et qui surtout n'échangent pas, ne discutent pas, vivent les unes à côté des autres... Et ça nous mène vers quelque chose qui n'est pas terrible.


(...)

Quel est l'écho de cette fable dans notre société ?
Ca renvoie à quelque chose de prégnant aujourd'hui, que ce soit dans les discours politiques, les analyses journalistiques : on entend les mots "fracture", "fragmentation", "divorce", "tension", "éclatement"... Ces termes-là reviennent tout le temps donc on est en plein dedans ! Et "Fractures", le film, il parle de ça à sa façon.

(...)

Cette fable a-t-elle une morale ?
Ce que je dis dans cette fable est qu'il faut restaurer le dialogue. Même avec quelqu'un qui est à des années lumières de vous, en discutant, vous n'allez peut-être pas tomber d'accord, mais vous allez créer un lien, vous allez voir l'humain qui en l'autre et il va voir l'humain qui est en vous et ça, ça va éviter des gestes, des actes barbares qui nient l'humanité dans l'autre parce que je pense que les gens qui se font sauter, qui tuent des gens, même des bébés, à coups de couteau, de camion, sont des personnes qui nient, qui ne voient plus l'humanité de l'autre. Or, parler à l'autre, c'est reconnaître, toucher son humanité et je pense que ça, c'est déjà un bon premier pas... Entre deux personnages aux antipodes, il peut se créer un lien.
(...)
√ Interview complète à lire dans une prochaine édition du France-Antilles Magazine.

Synopsis
Fariha (Alexandra Naoum) est une escort girl qui assume ses choix. La précarité et les violences subies dans son enfance l'ont rendue matérialiste et cynique ; elle n'attend plus rien des autres. Youssouf (Benoît Rabille) a comblé sa frustration et son vide intérieur en adoptant une idéologie violente et destructrice qui arbore le vernis d'une religion. Il s'est converti à l'islam radical.
Ces deux Français à la vision du monde opposée se rendent à une même soirée. Farhia pour y travailler, Youssouf pour y commettre un attentat...
√ www.fractureslefilm.com
 


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