ACTUALITé - SOCIéTé

« Mwen pa enmen makoumè adan bis mwen »

France-Antilles Martinique 04.01.2019
C.G.

27RÉAGIR

« Mwen pa enmen makoumè adan bis mwen »

Andy (*) est lycéen. A 17 ans, il assume timidement son homosexualité. Le futur adulte doit se construire dans une société qui, parfois, lui renvoie la violence du rejet. Il y a quelques semaines, la salve d'insultes à son encontre est venue... d'un chauffeur de bus.

Il a les traits fins, un duvet naissant sur les joues, taillé délicatement. Nous rencontrons Andy (*) à la Savane, à Fort-de-France. Il a l'habitude de descendre ici, « en ville » , accompagné de sa bande de copains. Assis sur un banc, face à la mer, il entame le récit d'une triste aventure. Un témoignage qu'il n'a pas absolument et personnellement tenu à livrer, mais suggéré et encouragé par une jeune militante LGBT. Parce qu'en parler, c'est dénoncer. Et parler, ça veut dire aussi ne pas encaisser tout seul et en silence la violence des insultes.
Andy a 17 ans, il est en terminale. Il est homo et essuie régulièrement des insultes qui ont trait à son orientation sexuelle. Dernièrement, la salve est venue d'un chauffeur de bus. C'était à Cluny. « Je prenais le bus pour rejoindre des amis. Quand il est arrivé, j'ai couru pour ne pas le rater. Une fois monté, je n'ai pas pris de ticket et le chauffeur m'a fait une remarque à ce propos, ce que je trouve légitime. J'avais de l'argent, je lui ai tendu un billet de 20 euros. » Sauf qu'il est précisé que les chauffeurs n'acceptent pas les billets au-delà de 10 euros, ce qui est plutôt compréhensible. « Le chauffeur m'a demandé d'aller faire de la monnaie. Dans un premier temps, je ne voulais pas car je savais qu'il ne m'attendrait pas. Et puis, j'ai fini par descendre. Je ne l'ai pas trouvé agressif sur le coup, mais il est clair qu'il ne voulait pas de moi dans le bus. » Comme Andy s'exécute, le chauffeur lui assène la violence des mots : « Mwen pa enmen makoumè adan bis mwen » . Si demander à un passager ne s'acquittant pas de son titre de transport de quitter le bus est complètement juste, l'insulte publique à caractère homophobe relève d'un grave dérapage. « Sur le coup, j'étais choqué » , raconte le jeune homme. Dans sa tête, des questions tournent : « Je ne sais pas comment il a su que j'étais gay, souffle-t-il. Certes, j'ai des manières, mais tous les gays n'en ont pas... » Il poursuit : « Je ne pensais pas qu'on m'aurait foutu dehors d'un bus parce que je suis gay. Si ce n'était qu'une question de ticket, il ne m'aurait pas fait cette remarque. »
JETS DE PIERRE
Le récit, qui pourrait presque sembler anecdotique, est en réalité l'expression d'une homophobie latente et ancrée. « Entendre ce genre de propos ? Ça m'arrive souvent, à moi et mes amis. C'est vrai que l'on a un style particulier, souvent les gens nous regardent, et parfois nous insultent. Il y a des « pédés » qui sortent, des « ga sé makoumé a » , « makoumé isi a » . On a même déjà essuyé des jets de pierre. On n'est toujours pas accepté, même si ça change un peu avec les jeunes générations. »
Il poursuit : « Il y a deux ans, quand je suis rentré au lycée, on m'a menacé. J'étais efféminé, on me disait qu'on allait me braquer, je ne voulais plus me déplacer tout seul. » Et puis le temps a fait son affaire : « Je me suis affirmé, j'ai un peu moins peur mais ça reste compliqué. J'ai fait mon coming-out auprès de mes amis, au lycée, et ça se passe bien. En revanche, je ne l'ai pas clairement annoncé à mes parents. Parce que j'ai peur. Certains de mes amis ont été mis à la porte de chez eux par leur famille. »
(*) Il s'agit d'un prénom d'emprunt
Vers qui se tourner ?
Défenseur des Droits : Les permanences des 5 délégués territoriaux
 
- Fort-de-France :
- Maison de Justice et du Droit (0596.39.32.93). Muguette Luilet (mardi et jeudi après-midi).
 
- Préfecture (0596.39.39.67). Véronique Seck (lundi après-midi).
Alain Linise (jeudi matin).
 
- Rivière-Salée :
- Antenne de justice et du droit (0596.51.79.08). Alain Linise (mercredi matin).
 
- Sainte-Marie
- Point d'accès aux droits (0596.69.55.08). Véronique Seck (jeudi matin)
- Le Lamentin
- Antenne de justice (0596.51.31.28.). Jean-Claude Demar (mercredi et jeudi matin)
 
Aides territoire
Martinique
88, rue Victor-Sévère, Fort-De-France, Martinique
0596.60.96.59.
Insultes homophobes : quels recours ?
Victime de tels propos, vous pouvez vous rendre au commissariat pour porter plainte ou écrire directement au Procureur de la République. Dans la mesure du possible, joignez tout élément qui étaye vos dires : témoignages, photos, etc. Mais attention aux délais de prescription : pour déposer plainte, vous disposez d'un an à compter des faits en cas d'injure publique... mais seulement de trois mois en cas d'injure non-publique.
27
VOS COMMENTAIRES
  • exagone - 08.01.2019

    Commentaire supprimé par la rédaction

  • exagone - 08.01.2019

    Commentaire supprimé par la rédaction

  • exagone - 08.01.2019

    Commentaire supprimé par la rédaction

  • nolorAdidi ou Adidi - 08.01.2019

    Commentaire supprimé par la rédaction

  • nolorAdidi ou Adidi - 08.01.2019

    Commentaire supprimé par la rédaction

  • Monté-Christo - 08.01.2019

    Commentaire supprimé par la rédaction

  • exagone - 07.01.2019
    Monté-Christo
    ( c'est juste la connerie que j'aime pas )
    tu ne dois pas beaucoup t aimer alors !
  • Monté-Christo - 07.01.2019
    Adidi
    Qu'es ce que cela peut te foutre que les gens soient homo ou pas
    C'est parce que tu n'arrive pas à vivre ta sexualité que les autres doivent être comme toi

    Et ta réflexion est idiote tu parles du prêt de ventre entre homo, tu as vu que cela existait pour les heteros ?

    Et quand tu vois le comportement de certains heteros envers les gosses (prends exemple sur le pays d'exagon) je me dis que des enfants auraient du avoir des parents homo au lieu d'hetero

    Je vais te dire je m'enfou mais royalement que l'autre soit homo ou pas, c'est juste la connerie que j'aime pas
  • nolorAdidi ou Adidi - 07.01.2019
    un monde homo le monde de demain
    Pour ne pas être catalogué d'homophobe crions en cœur vive les couples du mm sexe, la procréation de prêt de vente par les lesbiennes pour leur collègue gay...
  • exagone - 07.01.2019
    france antilles
    dommage que vous n assumiez pas votre censure ?
    n est pas journaliste qui veut !!

Réagissez à cet article

Pour transmettre un commentaire, merci de vous identifier (ou de vous inscrire en 2 mn) :

CONNEXION