ACTUALITé - VIE LOCALE

GROS-MORNE - Paul Bédot a livré sa dernière bataille

France-Antilles Martinique 21.04.2017
A.A.

0RÉAGIR

Paul Bédot a livré sa dernière bataille
À peine âgé d'une vingtaine d'années, le Gros-Mornais avait pris la décision de s'engager auprès des Forces françaises libres (FFL).

Rigoureux mais juste, selon ses huit enfants, cet ancien combattant, passionné de combats de coq, de baccara (jeu de cartes) et d'agriculture, a travaillé très dur toute sa vie afin de subvenir aux besoins de sa famille. Décédé mercredi 19 avril à l'âge de 99 ans, il sera inhumé aujourd'hui dans sa commune du Gros-Morne.

La dissidence a été l'épopée de sa vie. Le choix d'un engagement dont il se souvenait dans les moindres détails. Dans une interview accordée à notre quotidien il y a quelques années, lors d'un hommage que lui rendait la municipalité du Gros-Morne à l'occasion de la fête patronale, Paul Bédot nous a confié que tout avait commencé par une rumeur selon laquelle l'amiral Robert était sur le point de venir gouverner la Martinique. Quelques mois plus tard, expliquait-il, la rumeur s'est avérée vraie. Les mots liberté, égalité et fraternité avaient été remplacés par travail, famille et patrie... Des cartes d'alimentation étaient alors distribuées aux familles. « Personnellement, j'étais alors en congé militaire sans solde » , expliquait-il.
LE RÉSISTANT
« A cette époque, tous ceux qui parlaient de dissidence étaient arrêtés par la police et envoyés dans les camps de Balata. Un jour, alors que je me trouvais à Trinité, j'ai surpris la conversation de cinq jeunes hommes qui discutaient d'un éventuel voyage qu'ils devaient effectuer à la Dominique. Je me suis rapproché et je leur ai demandé si par hasard il n'y avait pas une place pour moi dans le canot. A ma grande surprise et à ma très grande joie, la réponse fut oui. » La première étape de cette rébellion au régime de Vichy passe par les îles anglaises.
Après avoir tenté une première fois de rejoindre la Dominique au départ de Cosmy, Paul Bédot et ses amis ont été arrêtés par des douaniers. Mais pas de quoi les décourager. Dès le lendemain, Paul Bédot et ses compagnons décident de faire une nouvelle tentative, cette fois-ci depuis le Marigot.
Comme en témoignent les différentes distinctions qu'il a reçues, Paul Bédot a eu un parcours exemplaire. Il est titulaire de la Médaille des engagés volontaire, de la Croix du Combattant, de la Médaille commémorative FFL et en 2010, il a reçu les insignes de Chevalier de la Légion d'honneur. (DR)
TROIS MOIS À LA DOMINIQUE
Cette deuxième tentative fut la bonne. Après trois mois passés à la Dominique où ils attendaient un bateau devant les conduire aux États-Unis, Paul et ses camarades décident finalement de rentrer au pays où le vent était en train de tourner. Ceux qui étaient bons pour le service ont signé leur engagement. Paul lui, passe quelques semaines au Fort Desaix. Le 3 mars 1943, il a à peine 21 ans lorsqu'à l'appel du général de Gaulle, il part à son tour pour la France. Ce n'est que le 13 mars 1945 que cette grande figure de la dissidence, fervent acteur de la résistance française, décide à la fin de la guerre de retrouver son île, avec une grande fierté : celle d'avoir défendu sa patrie et d'avoir accompli son devoir.
Son courage et son esprit de sacrifice lui ont permis d'avoir un parcours exemplaire. Devenu garde champêtre en 1950, Paul a fondé son foyer.
Décès de Paul Bédot, l'un des derniers « dissidents » martiniquais
C'est avec une grande tristesse qu'Ericka Bareigts, ministre des Outre-mer, et Jean-Marc Todeschini, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Défense, chargé des Anciens combattants et de la Mémoire, ont appris le décès de Paul Bédot, sur venu mercredi 19 avril, à l'âge de 99 ans.
Né le 8 février 1918 au Gros-Morne, en Martinique, Paul Bédot s'engagea dans l'armée en 1938. Il fut affecté dans l'infanterie de l'armée de terre. Suite à la révolte de Balata, il rallia les Forces françaises libres le 21 juillet 1943 et intégra le bataillon de marche des Antilles n°5 (BMA5) sous le commandement du commandant Tourtet. Avec le bataillon, il débarqua à Marseille le 15 septembre 1944 et participa à la campagne de France jusqu'au 8 août 1945. Il prit notamment part aux opérations visant à détruire la poche de Royan, zone de résistance particulièrement féroce des Allemands, entre le 14 avril et le 17 avril 1945. A la libération, Paul Bédot regagna sa Martinique natale et devint garde champêtre jusqu'à sa retraite.
Paul Bédot s'est investi jusqu'à la fin de sa vie dans la transmission de la mémoire des « dissidents » . Il témoigna dans le documentaire Gros sur mon coeur (2011) de Chloé Glotin, et fut président de l'association des anciens combattants du Gros-Morne de 1995 à 2001. Il ne cessa jamais de s'investir dans cette mémoire, et continua de participer aux cérémonies organisées localement.
Titulaire de la Médaille des engagés volontaires, de la Croix du Combattant, et de la Médaille Commémorative FFL, son engagement fut à nouveau récompensé en 2010 lorsque le président de la République lui remis les insignes de Chevalier de la Légion d'honneur. Un dernier hommage lui sera rendu vendredi 21 avril, au Gros Morne.
En ce jour de deuil, Ericka Bareigts, ministre des Outremer, et Jean-Marc Todeschini, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Défense, chargé des Anciens combattants et de la Mémoire, adressent à la famille et aux proches de Paul Bédot leurs plus sincères condoléances.
(Communiqué du ministère des Outre-Mer et du secrétaire d'État auprès du ministre de la Défense, chargé des Anciens combattants et de la Mémoire)
0
VOS COMMENTAIRES

Réagissez à cet article

Pour transmettre un commentaire, merci de vous identifier (ou de vous inscrire en 2 mn) :

CONNEXION