OPINIONS - TRIBUNE

Que retirons-nous des atouts que nous offrons à la France ?

France-Antilles Martinique 11.10.2017

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Monsieur le Président (1),
Les cyclones ne font pas que révéler des transformations climatiques. Ils rappellent à nos lucidités des catastrophes structurelles bien moins spectaculaires mais tout aussi terribles. Dans nos pays dits « d'Outremer » , il y a un désastre ordinaire, devenu invisible, et qui prospère dans des syndromes d'origine coloniale. Pour ce qui est de la Martinique : mal-modernisation socio-économique, amas de mécanismes grippés, hyperconsommation, chômage consubstantiel, paupérisation économique, sociale et culturelle galopante, génocide démographique, intentions exogènes qui règnent sans racines car venues d'en haut et venues de trop loin.... Malgré une modernisation des infrastructures, les inégalités sont d'une rare acuité. La précarité sociale déborde le supportable et la perte démographique prend des allures de bombe : dans les années qui viennent, les plus de 60 ans constitueront près de 40% de la population. L'exode des jeunes se nourrit d'une dévitalisation diffuse, d'une dépendance fossilisée, d'un assistanat installé en réflexe...
Au-delà des polémiques (qui du reste sont utiles), cette bête cyclonique nous démontre (s'il en était besoin) combien nulle expertise ne saurait convenablement administrer quoi que ce soit à 7 000 kilomètres de distance. Les faits sont là en ce qui concerne Saint-Martin et Saint-Barthélémy Les images incroyables, au lendemain de cette catastrophe, d'un bric-à-brac humanitaire en sont l'illustration la plus saisissante. L'ultime attestation d'une impossibilité de gestion à une telle distance est celle d'un président, certes solidaire, mais tout autant solitaire, dressé au-dessus des tôles, et qui, exalté par l'urgence, s'impose un plan de renaissance magique pour ces îles au supplice, et cela sans tenir compte d'un contexte global. Car, comment penser Saint-Martin ou Saint-Barthélemy en dehors d'une vision caribéenne globale ? Comment agir sans restituer aux acteurs de terrain, élus et habitants, leur capacité à prendre en main une adaptation véritable à leur contexte singulier et à celui du monde ? Comment agir vraiment sans soupeser des pesanteurs historiques, des engrenages socio-économiques, et sans considérer les héritages coloniaux dont aucune approche sérieuse ne saurait faire l'économie ?
FOLIE POLITIQUE ET COLLECTIVE
Ainsi, malgré la montée en puissance des services de l'Etat face au drame, on pourrait dire que l'ouragan assassin a projeté au grand jour des abîmes d'insuffisances, des défaillances vertébrales et des persistances étranges qu'il nous faut maintenant examiner en gardant à l'esprit cette belle formule d'Edgar Morin : « à force de sacrifier l'essentiel à l'urgence on finit par oublier l'urgence de l'essentiel » .
Irma nous assène la preuve que dans un pays soumis à de hautes probabilités de catastrophes majeures, il n'existe toujours pas de dispositifs capables de répondre solidement à la détresse prévisible des populations et aux débordements inévitables d'une flambée de misères. Ce qui est valable pour l'impréparation aux catastrophes (cycloniques, volcaniques, telluriques, océaniques ou écologiques), l'est aussi dans tous les autres domaines, qu'ils soient sociaux, économiques, écologiques ou culturels. Que le phénomène ait été hors normes ne saurait constituer une excuse. De l'exceptionnel à l'incroyable, l'évaluation se penche toujours sur une même exigence : faire face à l'imprévisible, agir au difficile, oeuvrer dans l'incertain, rester debout quand survient l'impossible. Et surtout : veiller à ce que le lieu considéré atteigne un degré suffisant de réactivité proprement endogène, d'auto-organisation immédiate. Cette aune est valable pour les catastrophes mais elle est aussi valable pour tous les aspects de notre vivre-ensemble caribéen au coeur des convulsions du monde. Dans cette tourmente planétaire - malheureusement récurrente et violente - qui désormais nous emporte (peuples, cultures, territoires, nations avec ou sans Etat), chacun devra mobiliser ses ressources intérieures pour construire ses alliances, affronter l'ouverture, confronter la rencontre, vivre les migrations, tisser les solidarités multiples, transcender les changements permanents. Que retirons-nous finalement des atouts géographiques, et donc stratégiques, que nous offrons à la France comme à l'Europe ? Notre position dans le monde, dont nous tirons précisément une partie de notre histoire tout à la fois riche et tragique, devrait pourtant nous placer au coeur même des échanges intercontinentaux. En face de telles exigences, positionner encore une verticalité descendante entre un centre et des « ultra-périphéries » - méthode encore privilégiée dans le cadre de ces Assises des Outre-mer - ou s'obstiner à maintenir de la distance décisionnelle, de la centralisation jacobine ou de la fixité sur de vieilles postures, confinerait à une forme de folie politique et collective.
Serge Letchimy, député de la Martinique
Lire la suite de ce texte dans nos prochaines pages Débats
(1) Lettre au président de la République.
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VOS COMMENTAIRES
  • machi bou zouk - 13.10.2017
    le ch..............aboit la carvane passe
    avec les connards qui dirigent ce foutu pays ce là ne risque pas de changer. ont dépense des fonds européenne pour de la merde. c'est évidement que l'exagone nous prenne pour de la merde également
  • BIGRE - 12.10.2017
    Les DOM TOM n'ont jamais rapporté des devises mais plutôt elles coûtent des milliards d'euros aux contribuables de la France métropolitaine !!!
    Triste réalité en 2017.!
  • BIGRE - 12.10.2017
    L'homme est tellement mauvais et non respectueux de la planète terre,de l'eau,des rivières,des mers,des océans etc...
    Oui en Martinique il y a des milliers de tonnes de déchets de toutes natures sur la voie publique et ailleurs.
    La faute à qui à nous tous population locale martiniquaise,les élus,les responsables et les salariés qui font semblant de travailler.
    Donc la Martinique est un département très sale et à perdu sa beauté de plus de 30 ans.
    Et demain cela sera pire, puisque les gens ne sont pas éduquer et tout le monde se fou de tout.!
    Pauvre Martinique et France.!!
    Nos ancêtres nous voit de la haut ( au paradis pour certain)
    Ils on honte de voir ce malheur et ce désastre.!
  • zakari - 11.10.2017
    Prétexte
    Ce n'est qu'un alibi, un prétexte pour justifier son échec à la tête de la région et son éviction en 2015 par AMJ.Il cherche encore une justification pour relancer le débat sur une évolution statutaire comme dans les années 2000, en prétextant que c'est parce qu'ils n'ont pas suffisamment de compétences que les jeunes partent.Pour information, ils ont toutes les compétences en matière d'économie et de créations d'emplois.C'est leur politique de kolkhoziens qui est responsable de l'exode de notre jeunesse.Si c'était la droite qui était au pouvoir, c'est toutes les semaines qu'ils manifesteraient devant la préfecture pour dénoncer la traite silencieuse, ou le génocide par substitution comme dans les années 70 à l'époque du DUMIDOM. Ils ont honte, dans les années 70 ils affirmaient que si c'était eux qui étaient au pouvoir ils créeraient des emplois pour notre jeunesse.Lorsque le président de la région de Valencienne à voulu faire venir Toyota dans la région, il n'a pas chercher de prétexte.Eux ils ne vont pas chercher les investisseurs, ils passent plus de temps à s'entredéchirer que de travailler pour le développement de l'île.C'est la faute à Paris si en 5 ans il n'a pas pu construire le lycée Schœlcher ?
  • alix - 11.10.2017
    Déçu, forcément déçu de ces sempiternelles larmes de crocodiles ! Il est plus que temps que nos élus changent leur logiciel et regardent ce qu'ils font de leurs compétences avant de tendre, tendre, et retendre la sébille ! L'absence - depuis des dizaines d'années - d'une réelle politique de transports publics au bénéfice des martiniquais, c'est l'Etat ? le népotisme, la gabegie financière des institutions locales, c'est l'Etat ? l'absence d'un projet économique qui repose sur autre chose que des aides de l'Etat, c'est qui ? l'absence de réformes agricoles, qui permettraient de tenir compte des conditions climatiques de plus en plus difficiles, c'est l'Etat ????? Les jeunes qui s'en vont, c'est sans doute parce qu'ils savent que sans piston, sans "atouts" physiques ou sans relations douteuses, ils n'ont aucunes chances de s'intégrer chez eux ! Commençons à balayer devant notre porte parce que, si vous, élus, faites semblant de ne rien voir, vos concitoyens,eux, font la différence entre la paille et la poutre !
  • macabou99 - 11.10.2017
    Nombrilisme
    Quelle belle démonstration de nombrilisme.
  • Eric - 11.10.2017
    Je suis déçu par cette lettre ouverte de Serge Letchimy qui veut nous faire croire que tout ce qui est mal géré est la faute "d'intentions exogènes sans racines venues d'en haut et de trop loin". Selon lui, ça serait mieux "si on laissait aux acteurs de terrains, élus et habitants, leur capacité à prendre en main une adaptation véritable à leur contexte singulier".
    Or,dans les domaines où cette capacité existe, je trouve que le résultat n'est pas brillant du tout. Un exemple: la plantation Leyritz. L'initiative privée étant défaillante, ce lieu, probablement unique dans la Caraïbe et mémoire de l'histoire, a été obligé de fermer, laissant une centaine d'employés au chômage. Nos élus de tous bords auraient pu faire ce qui a été fait au Puy du Fou en Vendée, avec un minimum de subvention au départ puis plus de subvention du tout, les recettes du succès finançant l'opération et avec l'appui et l'adhésion de la population bénévole et volontaire pour faire revivre la passé vendéen. Ce type d' initiative n'a pas besoin d'un accord ou d'une décision prise à 7000 km, à ce que je sache!
    J'ai d'autres exemples qui, hélas, vont dans le même sens.
  • jrf972 - 11.10.2017
    N'importe quoi
    Critiquer la gestion faite à 7000km en s'aidant d'un cataclysme cyclonique comme référence alors qu'en étant sur place nos élus ne sont pas foutus de gérer la mise en place d'un transport en commun en site propre (TCSP) simplement en se mettant d'accord démontre qu'il y a encore du boulot avant de confier les commandes du bateau comme le souhaite l'auteur de cette lettre ouverte Et qu'en est-il réellement de bien d'autres décisions dont nous, autres pauvres électeurs
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