OPINIONS - TRIBUNE

Retour sur le conflit des transports au sein de la CACEM

France-Antilles Martinique 16.05.2018

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Il importe, me semble-t-il, d'introduire la question passée sous silence de la délégation de service public pour voir clair - au delà des affrontements partisans (CTM/MIM contre CACEM/PPM) absurdes faisant fi des souffrances de la population - dans le récent (et long) conflit qui a affecté l'organisation du transport en commun de passagers sur la circonscription du centre de Martinique, la CACEM.
Une notion essentielle, car sans elle, on reste à la surface des choses, et on ne saisit rien au fond du conflit, notamment aux intérêts en jeu. D'une part, ceux globalement du patronat, le grand comme le petit, avec en creux ceux d'une fraction du grand patronat du secteur automobile (concessionnaires automobile, et reste du secteur lié au véhicule individuel comme pneumatiques, pièces détachées, assurances, produits pétroliers...) - totalement invisibles dans le conflit en cause, alors même que c'est l'existence du véhicule individuel comme moyen privilégié de déplacement qui est à la racine, du conflit- et ceux immédiats et au centre du conflit, du petit patronat, avec ses sociétés et entreprises individuelles, chargé très pratiquement de la réalisation de la mission de service publique, par le biais de la délégation de service public (DSP). Et d'autre part, ceux opposés des usagers directement intéressés au fonctionnement normal du transport, puisque formellement garanti par la délégation de service publique.
Un cadre important à planter, car utile pour saisir non seulement l'enjeu, mais également l'énorme mécontentement de la population durant un mois, sa rancoeur vis-à-vis de la CFTU (société regroupant l'ensemble des entreprises de transport sur la circonscription du centre), et plus généralement l'insatisfaction grandissante de la majorité de la population concernant ses conditions de vie (et de travail) -en plus de sa paupérisation- et qui n'est que le reflet d'une polarisation croissante de la société martiniquaise.
Et, s'il est effectif que ce conflit va être celui d'une opposition entre les intérêts de l'immense majorité des usagers et ceux des petites entreprises et microsociétés de transport, il est nécessaire de préciser que ce petit patronat est entièrement dépendant d'un système (DSP) qui tendanciellement l'écrase, et autour duquel aujourd'hui s'affrontent de surcroit, au niveau organisationnel et opérationnel, les deux clans politiques majoritaires, via Martinique Transport lié à la CTM (c'est-à-dire au MIM et alliés) d'une part, et la CFTU liée à la CACEM (c'est-à-dire au PPM et alliés), d'autre part.
UN SIMULACRE DE SERVICE PUBLIC
Dès lors, l'examen en profondeur d'une organisation unique du transport public de passagers sur tout notre territoire - indépendamment des modes de transport - doit avant tout interroger la question de délégation de service public, qui n'est en rien une question nouvelle, mais qui est un avatar scabreux du service public.
Un avatar scabreux de service public, car à aucun moment l'Etat n'a réellement cherché à prendre en charge le besoin élémentaire de transport de la population, le laissant à ses tous débuts à la charge de petits transporteurs individuels, avant qu'il ne fasse endosser aux collectivités avec la décentralisation, cette nouvelle mission, toujours avec la kyrielle de petits entrepreneurs et artisans de transport, mais sans les moyens nécessaires.
Un simulacre de service public qui a donc permis non seulement le désengagement inadmissible de l'Etat (rien de nouveau!), mais également le fonctionnement global, même chaotique, de ce service malgré de vraies faiblesses du système en place basé sur les petites entreprises (organisation insuffisante...). Un système qui a néanmoins partiellement donné satisfaction au besoin de déplacement de la population, en dépit de la mise entre parenthèses de l'ensemble des autres attributs liés à un véritable service public de transport comme la gratuité (ou le très faible prix), la sécurité, des horaires de roulement importants...
A la vérité, cette délégation de service public n'est rein d'autre que la corde par laquelle ont déjà été pendues, et vont encore être pendues d'autres petites entreprises de transport, notamment celles qui sont sous-traitantes d'entreprises retenues lors de la passation de marché. Et c'est toujours cette même question de DSP qui est de plus en plus remise en cause aujourd'hui dans bon nombre de villes et d'agglomérations en France, et qui explique le nouveau processus en cours de remunicipalisation de services publics, tant du transport que de l'eau.
Max Dorléans
Suite de cette tribune dans nos prochaines pages Débats
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VOS COMMENTAIRES
  • BIGRE - 18.05.2018
    Vous savez pourquoi il y a tant de problèmes en Martinique ?
    D'abord on paye des gens qui refusent de travailler.
    On paye des gens qui font semblant de travailler.
    Le travail quotidien n'est pas assuré.
    On ne fixe pas d'objectif dans les collectivités territoriales, dans les communes etc...
    En Martinique on apprend la paresse, le non respect de l'être humain, le non respect de l'environnement, le non respect des lois françaises et la réglementation française.
    On apprend la désobéissance, l'incivisme, l'incivilité, le gaspillage alimentaire, le gaspillage des énergies etc...
    Pauvre France et Martinique !!!
    Merci.
    Bon courage.
  • alix - 18.05.2018
    (trop) Long développement, pour nous dire que :
    1) c'est la faute de l'Etat qui se débarrasse d'une mission de service public sans donner les moyens qui vont avec.....
    2) c'est la faute (en sous-main ?) des vilains concessionnaires qui veulent continuer à vendre des voitures, et n'ont aucun intérêt à voir se développer un service public du transport
    3) des petites sociétés -privées - de transports dont la survie dépend exclusivement des subventions des formations au pouvoir (pour le moment, PPM & Co à la CACEM)
    Dogmatisme caractéristique d'un système de pensée qui a conduit la Martinique, surtout les martiniquais les moins privilégiés, dans le mur ! Deux constantes depuis les lois de décentralisation :
    1) Incapacité à assumer des responsabilités récclamées à corps et à cris à "l'Etat français" ("autonomie" d'un côté, indépendance de l'autre)
    2) Absence totale de vision et de projets concrets pour la Martinique
    3) Paralysie totale devant la moindre tension entre les différentes composantes de notre société, luttant chacunes pour leur propre survie
    4) paranoïa vis-à-vis du "grand patronnat" (c'est le nouveau nom des békés ?), éternel bouc émissaire de nos propres incompétences !
    Désolé, mais il faudra plus que ces sempiternelles jérémiades pour éviter à la Martinique le sort du Titanic : au fond de l'eau !!!
  • zakari - 17.05.2018
    @romeoecho
    Bravo pour votre commentaire. C'est cela que je dénonce depuis des années, la contradiction de nos hommes politiques martiniquais. Ils sont autonomistes ou indépendantistes, mais ils passent leur temps à quémander des subventions à la France qu'ils traitent d'État colonialiste à longueur de journée sur les radios locales. C'est comme nos syndicats, tous sont indépendantistes, mais dès qu'ils ont un problème, ils ne veulent négocier qu'avec le préfet, récemment encore avec Philippe Pierre Charles dans son conflit avec AMJ.Comment peut-on être indépendantiste ou autonomiste et en même temps quémander de l'argent à celui que l'on souhaite son départ, c'est totalement antinomique.
  • romeoecho - 17.05.2018
    l'Etat etc...
    Une fois de plus, voilà quelqu'un qui met en cause l'Etat. Mais Bon dieu, qu'Est-ce que l'Etat vient faire là-dedans. N'avons nous pas des hommes politiques qui braillent à longueur de journée qu'ils veulent être indépendants, voir très largement autonomistes? Est-que cette indépendance ou cette autonomie seraient capables un jour de gérer la Martinique (puisque les meilleurs spécialistes en sont les Martiniquais soit disant)sans toujours aller mendier auprès de l'ETAT? Ou est-ce qu'ils ne sont pas arrivés à se défaire de leur mentalité de colonisés? On attend depuis quelque temps déjà qu'un politique martiniquais (surtout du PPM) dise "au travail", sans entendre ensuite "l'Etat doit".
  • BIGRE - 17.05.2018
    Déjà première règle pour avoir droit à une aide financière, à un salaire etc.. il faut le mériter par l'action d'un travail.
    Donc en Martinique arrêtons de gaspiller l'argent public des français.
    Pauvres, riches, RSA, RMISTES payaient bis impôts et vos taxes locales ( oui tout le monde aucune exclusion et ni exception)!!
    Arrêtons de payer des fainéants en France et les DOM TOM.
    Stop et fin aux magouilles locales.
    Stop et fin à la corruption martiniquaise !!
    Merci !!!
  • zakari - 16.05.2018
    Mr MAX Dorléans.
    Vous dénoncez habillement l'incurie de ceux qui dirigeants la Martinique depuis des décennies.
    Jusqu'à preuve du contraire, ils sont dans la même mouvance d'extrême gauche que vous ?
    Seriez vous entrain de nous dire que la gestion socialiste planifiée c'est la faillite, la paupérisation, la souffrance, le désastre ?
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