OPINIONS - TRIBUNE

Rhum : tentative de « hold-up » sur le contingent d'exportation

France-Antilles Martinique 05.10.2017

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À l'heure où le Parlement européen s'apprête à voter le texte autorisant la France à accorder un quota supplémentaire de 20% à ses départements d'outre-mer afin qu'ils puissent poursuivre l'exportation de rhum vers la métropole, règlementée par un système de contingentement, les planteurs de cannes à sucre et les producteurs de rhum martiniquais sont inquiets et en colère.
Il bruisse, ici où là, dans les services des ministères parisiens qu'il serait de bon ton que la Martinique renonce à une partie de l'augmentation de son contingent export au profit des intérêts guadeloupéens. En effet, faute de trouver un juste accord sur la répartition du quota de base qui leur serait alloué, les distillateurs guadeloupéens (agricoles ou de sucrerie) se sont mis en tête de venir chercher en Martinique le « supplément de quota » qui leur permettrait d'étancher leur soif de conquête du marché métropolitain.
Nos confrères guadeloupéens ont bien raison de nourrir de grandes ambitions pour leur filière canne-sucre-rhum et nous ne pouvons que les encourager à poursuivre dans cette voie vertueuse, à l'instar de ce que fait le rhum martiniquais depuis des décennies.
Il est en revanche inacceptable que cela se fasse au détriment des producteurs martiniquais! Régler ses affaires en famille ne consiste pas à venir chercher les solutions à ses propres problèmes dans la poche de son cousin!
Si nous avons la faiblesse de laisser faire, que dirons-nous aux planteurs de cannes à sucre qui ont fait tant d'efforts, depuis des années, pour redresser une production agricole malmenée par les aléas climatiques et les évolutions réglementaires de l'Union Européenne concernant l'usage des produits phytosanitaires afin de la rendre encore plus vertueuse ? Que dirons-nous à notre exécutif local, ancienne équipe, nouvelle équipe...parlementaires de tous bords qui ont tant fait pour que la production de cannes à sucre soit au niveau des enjeux d'aujourd'hui et surtout de demain ? Ils ont fait des arbitrages financiers courageux et pris des décisions cruciales pour que la production de cannes, deuxième culture agricole après la banane, soit à la hauteur des espérances que la Martinique nourrit pour sa filière canne-sucre-rhum et tout particulièrement son rhum agricole AOC Martinique.
Si nous ne défendons pas nos intérêts, qui ira dès lors annoncer aux planteurs que les producteurs de rhum martiniquais n'ont finalement pas besoin de leurs cannes à sucre parce qu'ils ont laissé filer leur quota de commercialisation de l'autre côté du canal de la Dominique ? Qui ira annoncer aux distilleries martiniquaises que les investissements réalisés en prévision de cette augmentation sont nuls et non avenus et que leurs parts de marchés vont reculer au simple motif qu'elles sont déjà trop performantes, trop visibles, trop plébiscitées par les consommateurs... en résumé qu'elles ont trop bien travaillé!
UNE FILIÈRE QUI IRRADIE L'ÉCONOMIE MARTINIQUAISE
Le rhum agricole de Martinique est un fleuron régional qui est devenu un symbole national et international de l'Outremer qui gagne, d'une Martinique qui brille dans le monde. Cela s'explique par les choix courageux faits par la Martinique qui a depuis bien longtemps misé sur cette production emblématique à qui elle vouait un avenir plus serein que le fluctuant marché du sucre pour lequel sa géographie n'offrait que peu de perspectives.
Les planteurs et les distillateurs, encouragés par les pouvoirs publics, se sont très tôt organisés en filière d'excellence jusqu'à obtenir l'appellation « Rhum AOC » qu'ils sont les seuls au monde à pouvoir revendiquer. Le savoir-faire de nos producteurs allié au talent de nos équipes marketing et commerciales a permis à nos marques de se faire connaître et apprécier par les consommateurs de métropole. C'est cette forte assise nationale qui a ensuite permis à nos marques d'être maintenant consommées dans plus de 100 pays.
Si la route vers le succès est encore longue, nous croyons fermement à cette filière qui fait irradier l'économie martiniquaise bien au-delà de la simple production de rhum. Elle s'illustre aussi par des projets novateurs, structurants pour le territoire et créateurs d'emplois à l'image du projet-phare de « spiritourisme » qui sera présenté lors des assises de l'Outre-mer.
Pour toutes ces raisons et bien d'autres encore, et parce que nous sommes fiers du travail accompli par la Martinique, nous demandons à ce que le quota de contingent affecté à la Martinique soit le strict reflet de l'augmentation de contingent qui sera accordée à la France.
Nous n'accepterons pas que la Martinique serve de variable d'ajustement!
Charles Larcher
(Président du CODERUM) et Justin Ceraline (Président de la SICA Canne-Union)
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VOS COMMENTAIRES
  • laverite - 05.10.2017
    et vive l economie....
    ;;;de patachon.. subventionnée et planifiée au profit exclusif et monopolistique pour une poignée d individus déjà gavés par des siecles de rentes.. mieux que le communisme en fait !!!

    EGALITE LIBERTE FRATERNITE .. et mon cul sur la commode

    what else?
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