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François Durpaire, historien « Le virus du racisme pénètre nos institutions »

France-Antilles Martinique 13.02.2017
Adams KWATEH

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François Durpaire, historien « Le virus du racisme pénètre nos institutions »
(Seb Jawo)

L'historien, spécialiste des États-Unis et des mouvements noirs, analyse l'affaire « Théo » qui suscite une forte mobilisation et des manifestations en France hexagonale. 

Ce qui s'est passé à Aulnay-Sous-Bois (Ndlr, l'agression du jeune Théo par des policiers), pourrait bien ressembler à ce que qui se voit souvent aux-Etats-Unis. Y a-t-il comparaison possible ?
Il y a un point qui permet la comparaison : c'est l'extrême violence des faits. Et, de part et d'autre, ces faits ne sont pas exceptionnels. Car à Aulnay ou ailleurs, des violences policières se produisent à des rythmes variés. D'ailleurs, comme on l'a vu souvent, les associations de quartiers, SOS Racisme et bien d'autres, dénoncent souvent ces faits. Il y a donc un phénomène qui est répétitif. Sur ce constat, il y a un parallèle à faire entre la France et les Etats-Unis. Après, il y a deux grandes différences à opérer. La première porte sur les interpellations en tenant compte du fait que la nature des rapports à l'arme à feu en France, n'est pas la même chose qu'aux Etats-Unis. Les conséquences de cela, c'est qu'en France on parle de faits exceptionnellement graves, tandis qu'aux Etats-Unis, il s'agit souvent de décès. Et donc l'usage de l'arme à feu n'est pas le même de part et d'autre. Chez nous, par exemple, on ne peut aller plus loin dans la notion de légitime défense, au risque de reproduire une situation à l'américaine.
La deuxième grande différence est la solution aux problèmes. En effet, dans le cas des États-Unis, il s'agit de la police municipale et fédérale. Contrairement à la France où la police dépend directement de l'exécutif. Le policier est un fonctionnaire d'Etat et il est plus facile de régler les problèmes au niveau étatique et non local.
Les mobilisations en cours à Aulnay et ailleurs en France, traduisent-elle une montée de ce que l'on qualifie de « colère noire » ?
Il y a une colère des quartiers qui remonte aux émeutes urbaines de 2005. Depuis, la question n'a pas été réglée, au contraire il y a une distance très marquée entre les populations de ces quartiers et la police. La preuve, le recul de la philosophie de proximité mise en place avant l'arrivée de Sarkozy en 2007. On se rencontre que l'intérêt de ce type de police c'est la prévention, l'établissement du lien avec l'ensemble des populations. Alors en abandonnant la police de proximité on a importé des Etats-Unis, la notion de tolérance zéro.
Certes, dans ces quartiers, on remplace plus facilement une fenêtre cassée mais on n'améliore pas la relation entre policiers et habitants. Aussi, la question qui est posée depuis longtemps dans ces quartiers, c'est le contrôle au faciès. La question devait être réglée, car elle faisait partie des engagements de François Hollande. Résultat de tout cela : c'est la colère très forte dans ces quartiers.
C'est une défaillance de la République ?
Il y faut, en effet, des messages politiques très forts, au-delà des mesures techniques. Ne nous cachons pas une autre réalité que l'on mesure tous les jours dans les rangs des policiers : c'est qu'un grand nombre d'entre eux sont prêts à voter pour Marine Le Pen. Ce n'est pas simplement parce qu'ils en ont assez de leurs conditions de travail, c'est pire. Pour la simple raison qu'il y a une montée du bleu identitaire dans la jeunesse française avant même de rejoindre la police. Elle était déjà radicalisée, si l'on peut dire. La gangrène s'installe dans la police. A côté, la grande majorité des policiers travaillent correctement et appliquent la déontologie sans faille.
Ce racisme, qui tend à devenir ordinaire, se substituerait-il à l'antisémitisme, la négrophobie ou l'islamophobie qui connaissent des hauts et des bas ?
Non! Malheureusement, ce racisme se rajoute à ces autres faits. Car le racisme a toujours existé dans la société française et plus aujourd'hui, on voit une poussée de la haine et du rejet de l'autre qui se caractérisent par la négrophobie, l'arabophobie, l'islamophobie et l'antisémitisme. Cette poussée-là n'est pas uniquement française : elle touche l'ensemble des sociétés développées. Face à cela, il y a un mouvement de résistance à mettre en place pour la tolérance. Le monde d'aujourd'hui est devenu ce que Edouard Glissant appelle « Le Tout-Monde » , c'est-à-dire un monde de brassage. De l'autre côté, il y a ceux qui prônent le « contre Tout-Monde » . Ils se manifestent de différentes manières et le plus inquiétant c'est que ces attitudes sont en train de s'insinuer dans les institutions. C'est le cas avec Donald Trump qui tient des propos inadmissibles sur les femmes, les Noirs, l'Islam... C'est le cas aussi chez nous, lorsque des jeunes policiers rejoignent les rangs du F N. C'est le virus qui pénètre nos institutions. Il faut se dire que des mesures doivent être prises et que ceux qui nous gouvernent doivent être à la hauteur de la situation.
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VOS COMMENTAIRES
  • BIGRE - 15.02.2017
    c'est pas une nouveauté en 2017, l'homme africain n'aime pas l'homme blanc et pourtant l'homme est bon au départ mais certain être humain ne comprenne rien du tout à la vie!!!!
  • romeoecho - 15.02.2017
    Institutions
    Régis Debray disait en présentation de son livre "Eloge des Frontières":" lorsqu'on ouvre les frontières, on dresse des frontières dans les têtes". Et plus récemment sur la chaine Histoire, il disait "lorsqu'on détruit les institutions, on ouvre la porte au Marché". Méditons ces paroles au lieu de nous apitoyer. Et nous trouverons peut-être le pourquoi de la montée de ce racisme et par qui elle est pilotée.
  • laverite - 14.02.2017
    ILS DECOUVRENT L EAU CHAUDE
    ....le communautarisme , débouche forcément sur le racisme...

    cherchez les ultra communautaires....ET VOUS AUREZ ALORS LES VÉRITABLES RACISTES DE FRANCE ! ! !

    faut arrêter de tortiller du cul messieurs les socialopes, pour chier droit

    what else?
  • bison - 14.02.2017
    Le virus du racisme
    On ne parle plus de virus du racisme, quand on le propage à tour de bras par des pratiques dangereuses!
    Le respect de l'autre sans subtilité cachée, dans les actes et le langage, c'est la base de l'équilibre de tous les peuples !
  • laverite - 14.02.2017

    Commentaire supprimé par la rédaction

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