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Gasner François, réalisateur haïtien : « Porter des locks en Haïti est comme un suicide »

France-Antilles Martinique 09.11.2017
Propos recueillis par Melinda Boulai

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Gasner François, réalisateur haïtien : « Porter des locks en Haïti est comme un suicide »
« En Haïti, on a toujours tendance à nier notre part d'Afrique, on a souvent tendance à vouloir ressembler à l'Occident » .

Avec pour thème « la différence » , le mois du documentaire se poursuit ce soir au centre culturel du bourg du Lamentin. Le réalisateur haïtien Gasner François présente « Neg chivé yo » . Un film sur le vaudou, le port des dreadlocks, la tolérance... Rencontre.

Parlez-nous de vous et de ce qui vous a amené vers le cinéma ?
Je suis Gasner François, jeune cinéaste et photographe haïtien. J'ai débuté le cinéma en 2009 avec une formation à la Fokal (Fondation connaissance et liberté) sur le thème : Mon regard sur Martissant. C'est le quartier où je vis à Port-au-Prince. La formation a duré quatre semaines, j'y ai pris goût. C'est ainsi qu'en 2012, pour me perfectionner, j'ai intégré Ciné institute qui est la seule - et unique - école de cinéma en Haïti.
Neg Chivé Yo est votre premier film ?
Disons que « Neg chivé yo » est mon plus long film. Il dure 52 minutes. Avant, j'ai réalisé des films à l'école comme : « Martissant, des millions anarchiquement investis » , qui parle de l'urbanisation, de la construction anarchique dans mon quartier. J'ai également réalisé « Le fléau » qui parle des matières plastiques que l'on utilise beaucoup en Haïti et que l'on ne gère pas trop bien. Je considère ces films comme des exercices. Mon véritable film étant : « Nèg chivé yo » .
Parlez-nous de ce film documentaire.
Je suis issu d'une famille chrétienne. J'avais pas mal d'interdictions comme de ne pas écouter de la musique vaudou...
Tout ce qui avait rapport au vaudou m'était interdit! Je ne pouvais non plus pas porter de longues tresses...
À travers ce film, j'ai pris comme fil rouge Samba, un artiste que l'on met au rang de parias parce qu'il a choisi de jouer de la musique vaudou. Parce qu'il chante du vaudou dans les Lakou, parce qu'il adopte des moeurs de paysans... Ces personnes en Haïti que l'on considère comme des parias portent des dreadlocks un peu pour dire non à la domination de l'Occident et au diktat de la société. À travers ces personnes qui jouent du tambour, fréquentent le Lakou et portent des dreadlocks, je me suis dit qu'il était intéressant de réaliser un film. Un film qui montrerait tout ce que, moi-même, j'ai eu comme frustrations.
Quels messages souhaitez-vous faire passer à travers ce film ?
J'ai réalisé ce film pour sensi biliser les Haïtiens à leur rapport au vaudou car en Haïti on a toujours tendance à accuser le vaudou de tous les maux.
L autre objectif est de faire accepter « l'autre » avec sa différence, avec son opinion, qu'il nous ressemble ou pas... C'est un message de tolérance que je lance. Porter des cheveux crépus, des tresses, des locks en Haïti, c'est comme un suicide pour la société. J'ai voulu à travers la figure de l'artiste Samba qui, lui, choisit de porter des locks, de jouer du tambour... sensibiliser à la différence.
Est-ce que de nos jours le vaudou fait toujours peur en Haïti ?
Oui, jusqu'ici, le vaudou fait peur, c'est très mal vu. On ne peut pas écouter de la musique vaudou, ni pratiquer le vaudou. On a tendance à attribuer tous les maux d'Haïti au vaudou. Des pasteurs après le tremblement de terre sont venus de l'étranger pour prêcher en disant que le séisme était dû au vaudou, à la magie... Après le tremblement de terre, il y a eu une montée du protestantisme chez nous, puisque tout le monde avait peur de notre culture et du vaudou. Beaucoup de personnes se sont alors converties au protestantisme.
Qu'attendez-vous des échanges avec le public martiniquais ?
J'aimerais que l'on échange sur la façon de voir le vaudou, j'aimerais que l'on me raconte comment on considère les gens qui portent des dreadlocks en Martinique. Est-ce que la société les voit ? En Haïti. on a toujours tendance à nier notre part d'Afrique, on a souvent tendance à vouloir ressembler à l'Occident. En Martinique est-on plus attaché à l'Afrique ou à la France ? Êtes-vous entre les deux ? Je vais découvrir tout cela, échanger et nous confronterons nos points de vue.
- Jeudi 9 novembre à 19 heures : « Nèg chivè yo » par François Gasner
Durée 52 mn - 2016 - Haïti
Tarif : 5 euros
Projection en présence du réalisateur
Programme
- Vendredi 10 novembre à 18 h 30 : Soirée de clôture avec 3 Projections
Tarif : 15 euros
* 1er documentaire : Jeunesses Croisées de Wally Fall & les jeunes de comme chez soi/Durée 20 mn-2017 - Martinique
Curieux de connaître les différences entre leur vécu et celui de leurs aînés, des jeunes embarquent leur caméra et décident de les interroger sur leur jeunesse. Entre interrogations et fous rires, bienvenue au coeur d'une jeunesse croisée.
* 2e documentaire : Art Connect de Miquel Galofré/Durée 1 h 14-2015 - Trinidad
Le documentaire illustre l'effet de l'intervention créative sur la vie d'un groupe de jeunes du quartier sensible de Laventille à Trinidad. Impact de la peinture, de la poésie, de la musique, de la danse sur des jeunes de 12 à 16 ans, à qui on a donné des camé ras afin qu'ils filment leurs expériences.
* 3e documentaire : Mauvais Genre de Guy Gabon/Durée 20 mn - 2012 - Guadeloupe « Je m'appelle Guy. Ce prénom de genre opposé à mon sexe féminin m'a été donné par mon père. J'ai eu besoin de retourner dans mes souvenirs et de rencontrer des gens comme moi pour comprendre pourquoi ce prénom est un fardeau que je porte. »
- Lieu de toutes les projections : Centre culturel du bourg du Lamentin Contacts : 0596.56.87.09. ou 0596.51.75.55.
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VOS COMMENTAIRES
  • zakari - 10.11.2017
    Ok
    Le fait que les haïtiens ont envie de ressemblé plus à un occidental qu'un africain n'est pas blâmable.Il faut savoir qu'il y a dans les gènes des hommes toujours une fierté de ressembler plus aux plus forts qu'aux plus faibles, aux plus puissants aux plus pauvres, et qu'elle image donne l'Afrique, Bokassa ? Amin Dada, ou Yaya Jammeth ?Même si l'Afrique a de bonnes choses, l'imaginaire de l'homme retient l'image des victimes africains sur les plages italiennes qui fuient la misère et la dictature en Afrique.
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